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18.05.2008

DCXXXVI. - Le peintre a un cadavre.

J'affirmerai, monsieur le Commissaire, que peindre n'est pas un acte anodin. Rester debout des heures, le bras levé - tendu et maîtrisé continûment pour faire des petits soubresauts, quels qu'en soient les résultats : Léonard de Vinci est mort, dit-on, le bras droit complètement immobilisé, ankylosé.

Il y a aussi le geste du poignet gauche, tordu à tenir la planche où l'on a mis, selon son ordre, ses couleurs. En général, je ne me sers quasi que de terres : brun Van Dyck, ombre brûlée, ombre, rouge de Venise, ocre jaune, jaune de Venise, jaune oxyde, jaune indien. À côté, je mets quelques primaires, pour les tons : bleu de Prusse, rouge de cadmium et un autre rouge selon l'humeur. Enfin, pas mal de blanc. Pour les peaux, il faut du blanc d'argent ; sinon du blanc de titane suffit amplement. En plus, il a l'avantage d'être épais, j'aime beaucoup ce qu'il donne lorsqu'on le frotte avec un pinceau sec.

Vous savez, monsieur le Commissaire, lorsque vous m'avez arrêté, j'avais mis du blanc de titane. C'est dire que je n'en étais pas encore à la peau.

Mais je reconnais qu'avec cette force que l'on développe, on pourrait facilement égorger un homme. Avec un couteau de peinture, il suffit d'écarter puissamment le bras devant soi. Pour peu qu'il y ait quelqu'un, un accident est si vite arrivé.

Je me doute bien qu'en retrouvant ce cadavre dans ma cuisine, complètement vidé, vous avez donc pensé que j'étais le criminel qui aurait donné à votre carrière un nouvel élan, lui permettant de s'extirper besogneusement de la fange où elle traînait, quelque part entre le rôti du dimanche et les résultats du tiercé.

Dommage que ce ne soit qu'une bouteille vide.

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