« DCXXVII. - Bullets. | Page d'accueil | DCXXIX. - Nouage de cravate. »

04.05.2008

DCXXVIII. - Tiens, au passage, deux exhumations.

- 1 -

Quand le Seigneur dans les silences
Où les prières ne vont pas
Se vantait de nos souffrances,
Puisant ses monstrueux repas,

Il mettait à Ses poings livides
Des ossements pour bracelets,
Bouchant Ses stigmates putrides
Des nauséabonds osselets

Que Ses pieds baignés de blasphèmes
Faisaient jaillir à petits bruits
Du sang qui leur servait de chrême
Et où les Saints étaient recuits.

Quand Il goûtait la chair vivante
Tachant de gras Son menton noir,
Les Séraphins sans épouvante
Lui présentaient un grand miroir

Festonné des hymens des Vierges,
Des viols et des crimes du temps,
Pour qu’Il lorgne, parmi les cierges,
Les humains condamner Satan.


  - 2 -


Je suis la peur, je suis la faim,
Je suis la soif sur le chemin,
Le corbeau autour du défunt,
Le loqueteux qui tend la main,

Je suis le cercueil de sapin,
Le sein flétri, le vieux vagin,
Le plaisir payé du rapin,
Le corps aperçu comme engin,

Je suis l’ivrogne sans sequin,
Je suis le ventre usé de vin,
Je suis Jehan, je suis Faquin,
Le pendu pourri du ravin,

Je suis la boue et l’assassin,
Tout l’oublié, tout ce qui geint,
Le vol absout, le tue-larcin,
Le mal-fini – je suis l’humain.
</center>

Ecrire un commentaire