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  • DCXXV. - Allô maman bobo.

    Jeudi soir : 10h de sommeil.

    Cette nuit : 15h de sommeil.

    Au moins la fièvre de l'angine est passée, semble-t-il. Ne me reste plus qu'une amygdale qui se la joue Saint-Pierre de Rome, et m'interdit de déglutir normalement. Bah, j'ai une telle collection de collutoires que ça devrait passer - j'espère. Quelle idée de systématiquement tomber malade quand les médecins sont au chaud chez eux.

    C'est bien la première fois que je me couche à 18h...

  • DCXXV. - Qui se souvient...

    - 1 -
    De Robert Deman ?









    - 2 -
    De Prévert et Cosma ?



  • DCXXIV. - (Pas) bonne question du matin.

    Pourquoi suis-je si maladroit à l'oral ? Et au téléphone ?

  • DCXXIII. - Oh, trois fois rien.

    14h. - Digérant le café, je fais un tour sur le site de l'AFP, assis sur une boîte de dynamite. La nouvelle vient de tomber, elle me coupe un peu le souffle. Mes petits camarades lèvent la tête de leur trou, on arrête de creuser jusqu'au coffre-fort de la banque, et ça commence à bavasser grave.

    Pas la peine de chercher la nouvelle : à l'heure où je l'écris, l'AFP l'a déjà ôtée. Figaro rase toujour aussi bien et fait des rouflaquettes à la mode du siècle passé, puisque vous apprendrez les drames du PSG et la merdaille du Dalaï-Lama (hé, hé, c'est qu'on est trop contestataire, hein !), l'Humanité suit de peu avec un encard sur mai-68 ("ah, ça ira, ça ira, ça ira"), Libération s'étonne des manifs commandées contre notre bon pays dans l'Empire du Milieu en vantant les mérites du fiston Poilâne, Politis parle de catastrophes (ralalah, la crue de 1911, hein !), Rue 89 d'ascenseurs, La Tribune des derniers joujous du Baron avec Wendel, et Les Echos font de même. Le Monde n'en parlons pas. Et pourtant Dieu sait qu'elle était vraiment krobien, la lettre qu'il a écrit, Not'Bon Président. Du Hugo, je vous dis ! Mieux, même : du Guy Mocquet.

    Ce n'est qu'en farfouillant dans les tréfonds, que je trouve un tout petipetipetit encart. Vous allez me dire : les Rosbifs ont décidé de claquer soixante-six milliards d'euros pour soutenir leurs banques qui ont un rhume, et alors ?

    Bah c'est simplement même pas un scandale. C'est juste l'aboutissement de tout ce pour quoi vous avez voté, bande de nazes, depuis plus de dix ans. C'est la déresponsabilisation la plus complète qui soit.

    Remarquez, depuis les connneries de Bouton, qui a liquidé ses positions frauduleuses (si, si, ses positions, car le PDG d'une boîte est l'unique responsable de l'activité d'icelle) en pleine crise boursière, juste après le lundi noir du 21 janvier, et qui a été maintenu à son poste par le conseil d'administration de la Sogé, on est habitué à ça, hein. 66 milliards d'euros, c'est tout juste 14 sur l'échelle de Bouton (comme dirait le Canard). Après tout, entretemps on s'est amusé à nationaliser la Bear Sterns chez les bouffeurs de hamburgers-mayo et de sales cocos qui nationalisent, alors on n'est plus à mal, hein.

    C'est qu'ils vont mal les marchés. Oulalah. C'est vrai qu'ils n'ont jamais été aussi volatiles, que toutes les banques elles ont la pétoche. Quand vous regardez la courbe des taux d'intérêt, elle est complètement à l'envers : ça coûte plus cher d'emprunter sur deux jours que dix ans, tellement les banques ont peur que leur contrepartie fasse défaut. Après tout, les banques sont innocentes, hein : jamaijamaijamais elles n'ont été à l'origine de la bulle spéculative et immobilière qui éclate doucement comme un prout bien nauséabond depuis l'été.

    Je suis prêt à parier que c'est un complot, que Ben Laden dans sa grotte il a envoyé le Mollah Omar sur sa brèle avec plein de petits junk bonds et autres subprimes, et qu'il les a glissés insidieusement dans les bilans des banques. Ca tiendrait qu'à moi, je guatanamoiserais toute une population histoire d'être sûr.

    Bref, comme dans le bon vieux 1929 de nos livres d'enfance, les banquiers ont joué, et oublié que le risque était la contrepartie du rendement. Et que plus ça rapporte, plus c'est risqué. C'est comme le mariage ou le gratin dauphinois quand c'est moi qui le cuisine. Panique à bord : rah, on a fait une connerie. Enfin, là, c'est une moisson, format maïs géant de Mosanto.

    Et kékèlnoufé la Bank à Lizbeth ? Bah, elle dépense juste 66 milliards pour réparer les conneries des banques. Mais bordel elle a pas compris qu'elle soutient cette putain de bulle spéculative ? Elle entrave pas qu'elle supprime tout aléa moral ? Elle cogite pas que l'argent qu'elle dépense est celui du contribuable, et qu'après elle va encore sortir aux bouffeurs de pizza au spaghetti qu'il faudra se serrer la ceinture, rolalah si vous saviez comme c'est dur et qu'on souffre avec vous, tout en venant nous faire chier sur la zone euro ?

    66 milliards, non mais vous vous rendez compte. Même moa, qui braaaaasse des millions et mets dans de jolis fichiers Excel des chiffres à neuf zéro, jamais j'ai osé allé aussi loin. Je m'imagine même pas ce que c'est, 66 milliards volés au pékin pour renflouer les conneries des top management mondiaux.

    Franchement, je vais me faire pédégé. Ou trédeur. Lorsqu'il y aura du pognon, je hurlerai qu'il faut laisser faire la libre entreprise et les bons mécanismes hyper-trop-régulateurs de la mort qui tue du marché. Et puis quand y'aura un pépin, de toute manière je serai pas responsable de mes actes, hein, puisqu'il y a toujours une bonne poire pour payer à ma place.

    Trois fois rien : 66 milliards.

    Et ce n'est que le début.

  • DCXXII. - En cuisant le rôti (bis).

    i. Une des premières chansons dont je me souvienne est de 1982. J'avais donc tout juste trois ans, et je me souviens encore, à ma hauteur d'enfant d'alors, de la couleur brune du salon, de la lumière particulière à côté de ce qui devait être j'imagine les toilettes. C'est Chante, des Forbans. On m'amenait à l'école par d'immenses escaliers frais et sombres, c'est par là quelques années plus tard qu'on m'a montré comment siffler pour la première fois.

    ii. Ceux qui sont mariés, ou qui ont des certitudes, ont cette chance de n'avoir à poursuivre que par la force des événements et de ce qui les entoure. Des gens comme nous doivent trouver sans cesse en eux de quoi avancer de nouveau. Avoir à se jeter dans le bûcher, se regénérer, se forcer à sentir constamment ses ailes - car personne ne viendra nous les dire - est épuisant.

    iii. À quoi bon faire si ce n'est pour personne ? Ou si notre tendresse, n'étant pas légitime, n'est jamais interprétée que comme une intrusion étrange, ou un cadeau déplacé ? Les proches s'effraient, lorsqu'on leur -

    iv. Et pourtant il faudra. Ce sera - la suite des Chambres intimes et ce cahier qui n'a pas encore de nom. C'est décidé.

  • DCXXI. - En cuisant le rôti.

    i. J'aimerais te dire que tu t'en vas.

    ii. Il y a des choses qui sont certaines pour nous, indubitables. Quoi qu'on prétende, on sait qu'elles arriveront. Celle-là, aussi.

    iii. J'aimerais à ma mort (forcément toujours trop tard) dire : j'ai fait ça. Le problème est que je vois rarement comment. 

    iv. Entre les idées que j'ai, les envies, et ce que j'ai rarement le courage de mener à terme, il y autant que de l'être au néant. Voilà un an que j'ai commencé un texte, et deux ans un inventaire. D'autres choses me reviennent régulièrement au cerveau, jamais je ne les couche. C'est souvent dans le métro.

    v. Je jalouse, en fait, ceux qui ont le culot de vivre pour ce qu'ils sont. Moi, je suis trop velléitaire en cela. Trop faignant. Trop dévoré par moi-même.

    vi. Je voudrais...

  • DCXX. - Liste de lectures.

    i. L'Objet de mon affection, de Stephen McCauley. Depuis que Monsieur Bleu D*** m'a déclaré qu'il avait tout lu de McCauley, je me suis dit qu'il  convenait que je me cultive, pour avoir une conversation digne d'un homme du monde - au moins sur un point essentiel de toute conversation digne d'un homme du monde. Ce qui est intéressant, à se mccauleyier vigoureusement, est de retrouver les tics d'un écrivain lorsque la mémoire ne fait pas trop défaut : toujours le narrateur est une grande bringue brune un peu introvertie et toujours catastrophée par l'idée du ménage et des conséquences de ce qu'elle pourrait dire, toujours la plus proche amie est une femme dont les bras sont surchargés de bracelets qui tintent en cascadant lorsqu'elle fume, forme de réplique du Vésuve à cheveux, toujours il a un petit blond déstabilisant, et toujours la manie immobilière fait surface. À croire qu'il est parisien, McCauley. - Cependant, sorti des répliques, qui font comme toujours mouche, j'avoue que là j'ai été un peu moins emporté par roman. Ca se lit sans souci, ça se brandit tout autant - pensez, avec un titre comme ça on concurrence tout Harlequin - mais on reste sur sa fin. Jarnidieu, il se décide, Paul, à la fin, ou quoi, hein, hein, hein ?
     
    ii. Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup. Ca commence comme avec un Jean-Pierre Foucault : le type à sourire local, indécrottable à gomina de la téloche, qui fait jouer un pauvre serveur complètement illetré de dix-huit ans. Sauf que Ram Mohammad Thomas a tout juste, et qu'il gagne... un milliard de roupies (17 millions d'euros pour les chieurs) ! Et c'est là que ça va mal. Parce qu'on est en Inde, que la police n'est pas tendre et que celui qui gagne, c'est celui qui corrompt. Surtout que la production n'est vraiment pas prête à lui payer son dû. Sur cette base se construit un dialogue entre Ram et son avocate tombée des nues, où chaque question du jeu est l'occasion d'un retour dans le temps. Et d'une petite plongée dans les dessous bien glauques de l'Inde, loin du Darjeeling Limited ou du Maharashi Mahesh Yogi. Pourtant, après le monstre du Seigneur de Bombay, la rage ou les cadavres qui flottent sont presque innocents. 
     
    iii. Carnet du Trimard, de Jack London. M. Chaney fait partie de ces écrivains poursuivis par une malédiction : à écrire si bien, et des personnages si marquants, il se trouve toujours un éditeur qui offrira à l'humanité une version fac simile des mots croisés qu'ils faisaient dans les cagoinces. Cette livraison-là est élégante - petit carnet de cuir au dos marqué au fer, dans une police mi-Garamond mi-Times. Le problème est que Jack n'écrivait jamais là que des notes pour lui, et qu'il avait 18 ans. Tout le monde n'est pas Rimbaud. - Contexte : Jack en a marre, donc Jack décide de tailler la route en rejoignant l'Armée Industrielle, une idée du XIX° comme il y en a eu tant, qui consistait à constituer une ou deux divisions de chômeurs pour marcher sur Washington et réclamer du travail. Il prend en fraude des trains, saute dans des voitures frigorifiées qui trimballent des oranges de Californie, il crève la dalle, perd une chaussure. Et jette au passage des notes, sommaires, sur un carnet qu'un compagnon de dèche lui a offert. L'éditeur nous dit que ces carnets contiennent toute la germination future de l'immense auteur du Loup des mers ou du Dazzler. Peut-être que des idées ont fourmillé de là jusqu'à La Route, et plus loin jusqu'à Kerouac (tiens, faudra que je lise), mais j'avoue n'avoir pas été très convaincu... Même par le style, qui n'est jamais qu'un style de notes, où le papier est rare et le crayon cher.
     
    iv. Même le mal se fait bien, de Michel Folco. Tant qu'à enchaîner à Dieu et nous seuls pouvons, j'ai pris l'édition du mois, hein, ça permet de faire le type qui suit les recommandations du Canard au pied de la lettre. Là encore nous avons des personnages carnassiers, une dynastie : ça commence avec le général-baron Charlemagne Tricotin de Racleterre, pourfendeur de Chouans et pourvoyeur de la Convention en peau d'abbé, qui se fait trucider le jour de son mariage par des Piémontais, puis ça continue avec Carolus qui non content d'avoir un beau-papa teuton empaille des belettes imitant le cri de la carotte avant de mourir dans un sommet d'humour noir - jusqu'à Marcello, le fils, un peu perdu entre son vorace de père et son beau-père de maire un peu trop envahissant. Jusqu'à ce qu'il découvre, au cours d'un voyage initiatique, qui est Aloïs Hitler, mais face pour la façade un brin de causette avec le sieur Freud. Chose pas forcément la plus intéressante - j'ai nettement préféré les scènes de bordel. C'est un souk, c'est cruel, on rigole pas mal à condition d'aimer l'humour noir, on fait pas trop attention en fin de compte aux récitatifs obligés sur Vienne et la médecine d'époque (les électrolyses et autres outils de contention) pour dévorer tout ça sans souci.
     
    v. Microfictions, de Régis Jauffret. Celui-là, il faut être honnête : je l'ai commencé il y a plus d'un an, dans le train de février qui m'emmenait à Nantes (te souviens-tu ?). Le format (un récit fait deux pages) permet la lecture distante. De toute manière, lorsqu'on veut tout enchaîner, on s'y perd, et on s'en lasse. Alors qu'au matin, au sortir de la douche, pendant que la peau finit de sécher, c'est assez agréable. Surtout lorsqu'on veut se convaincre que non il faut aller bosser. Bien sûr, il ne faut pas craindre le - très - glauque, le - très - noir. Ma lenteur à le lire est certainement aussi due au fait que la structure est très rapidement répétitive, les thèmes ressassés comme on mâche du foin, avec tristesse. On ne peut pas écrire 500 récits en 1000 pages sans avoir ce risque. Il y a pourtant des pages de pure beauté, c'est dommage.

  • DCXIX. - Pognon, Thune et Cie. (Maison de qualité depuis 1864).

    Brusquement, je me suis dit qu'il n'y avait pas lieu de faire bénéficier de mes petites capacités financières que les pékins que je holdupise régulièrement.

    Ores donc, j'ai commencé à m'atteler à la revue des mes comptes et des petits sous que j'ai mis ici et là, selon les conseils de François. François, c'est mon conseiller bancaire privilégié, celui qui me reçoit avec un sourire inquiet et un costume trop grand une fois par an.

    Les Livret A et autres comptes sans risque (sauf celui que l'Etat ne respecte pas la formule de calcul - je vous rappelle que légalement le taux du Livret A est de 3.75% depuis le premier février, mais que le gouvernement Fillon l'a fixé à 3.50%) passent l'étude sans souci. De toute manière, quand on suit de peu le taux directeur à un an de la Banque Centrale, le risque est faible et l'intérêt intéressant.

    Ensuite, le dossier du PEA. Oui, oui, je sais, investissement risqué, ragnagna, ragnagna, sans compter qu'il faut viser sur le long terme. N'empêche, en prenant Excel et un peu de temps, les résultats font peur. Hors actualisation, selon les supports, j'ai perdu entre 15% et 22%. Si je prends en plus l'escompte (je suis pas chien, je prends le taux à un an de la BCE), j'en suis à une perte sèche de 19% à 26%.

    Arglh. Bon, que faire ? Si j'arrête de donner de l'argent à mon banquier, et que je laisse vivre le PEA pour n'avoir pas de souffrance fiscale, il me faut un taux de rendement moyen brut de 3.4% à 5.2% par an selon les supports juste pour équilibrer l'argent investi avec le capital au terme.

    Hypothèse 2 : Si je m'amuse à verser les mêmes sommes comme actuellement, ce serait un taux de 1.5% à 2.0% pour avoir le même équilibre argent investi / argent gagné. Ce qui revient à dire qu'en fait c'est l'apport de pognon qui permet de réduire significativement l'impact des pertes, non le retour des supports : faut cracher plus encore au bassinet pour être sauvé, c'est comme la Scientologie.

    En gros : faut que les supports crachent plus de 5% par an (hypothèse 1) ou 2% (hypothèse 2) pour que je commence à gagner de l'argent. Et je vous fais grâce du calcul avec escompte.

    Je vois d'ici François me dire que c'est au contraire le moment où il faut investir à tout va, pour profiter de la baisse avant la reprise des marchés. À moins de faire le sale con et de mettre l'argent sur des trucs qui vont sûrement monter (l'armement, le pétrole, bref les trucs qui polluent et qui sont dans une phase de hausse avant la chute finale d'ici 30 ans).

    Me reste plus qu'à trouver l'historique du DJ Stoxx et du SBF 250, puis de jeter un oeil sur les supports UC et François va passer un mauvais moment. Il va avoir intérêt à être inventif, le bougre.

  • DCXVIII. - Tagada, tagada, tagada.

    J'ai envie de cheval. J'ai envie de passer des vacances à m'esquinter le popotin sur des selles, transbahuté de partout en ayant mal au ventre.

    Je veux partir en Mongolie, au moins dix jours à jouer au Genghis Khan d'opérette.

    Ceci est un appel au peuple, Lecteur : qui m'accompagnerait ?

  • DCXVII. - Blaaaaaaaarf !!!

    Hier soir : je crois qu'il y a eu un cheeseburger des grand'mères entre le Limoncello, le Cahors et les digestifs, mais je n'en suis pas intégralement sûr. Ce pub à côté de l'église du Commerce tue sa race. Lorsque l'un des serveurs, blouson blanc, est parti, Messire Gauvain n'a cessé de me dire de le suivre. Je l'avais trop regardé, il m'avait vu. Bien évidemment je n'en ai rien fait, avec le délicieux remords qui va avec : sinon, je ne le raconterais pas.

    Cette nuit : je crois qu'il y a eu trois grand bruits : PLANG ! (silence) PLAAAAARG ! (silence) PLOUIIIIIIING-CRI ! (silence). Pas levé - j'étais au chaud sous la couette, il y faisait bon et j'étais bien.

    Ce matin : je marchais dans le verre. L'armoire d'étudiant, qui a déjà fait trois déménagements, a craqué.

    i. Bruit un : l'étagère du milieu, le bois étant déformé, lâche et tombe sur les pots de verre contenant les pinceaux.

    ii. Bruit deux : celle du dessus, qui porte les verres épais, suit gaiement.

    iii. Bruit trois : celle du haut, avec les verres à pieds, s'effondre.

    Je n'ai plus que quatre verres à pieds de viables. Pas la peine d'essayer venir manger a casa. Au moins ça va m'inciter à chercher un appart, plutôt que de réparer cette armoire pourrave.

    C'aurait pu être pire : les fioles de thérébentine et d'encre de Chine ont résisté.

  • DCXVI. - En lisant ta lettre.

    Je me fais peu d'illusion, et je sais que je peux m'asseoir sur mes 200€ de plombier, mais ça fait du bien d'écrire ça...

    Madame,

    Je donne suite à votre courrier daté du 11 avril 2008. En ce qui concerne la réparation de l’année passée que vous aviez diligentée (enduit de la salle de bain) et qui n’a pas « tenu », je prends bonne note que vous en accusez réception.

    En ce qui concerne la fuite de plomberie, et votre étonnement :

    i. j’étais la semaine précédant la déclaration de sinistre en déplacement professionnel au Portugal, comme précisé dans ma lettre du 25 avril. Par conséquent, le sinistre s’étant déclaré durant mon absence, la salle de bain était plus qu’humide à mon retour.

    ii. Je pensais effectivement attendre faire appel à un plombier un jour ouvré, mais le sinistre a empiré durant le week-end, d’où l’intervention du lundi de Pâques.

    iii. Le plombier qui est intervenu ne m’a pas présenté cela comme un changement de joint, mais un changement de l’ensemble du raccord, ce qui reste du ressort du propriétaire, en tant que « gros travaux ».

    Enfin, si l’entreprise que vous diligentez à chaque fois pour effectuer les travaux effectuait des réparations convenables et de qualité professionnelle (bonne, rapide et efficace), j’y ferais appel. Cependant, l’expérience n’est pas encore allée dans ce sens. À titre de rappel, j’évoquerai :

    i. la lenteur des réparations de la salle de bain après le dégât des eaux du 8 décembre 2005 – plus d’un an ! – et la solidité de celle-ci (puisque l’enduit ne tient pas).

    ii. la « peinture » de ma porte d’entrée à la rouille et au calcaire, lorsque des travaux ont été effectués dans l’appartement mitoyen, sans compter l’absence de pression d’eau durant plus de quinze jours (mon courrier du 23 octobre 2006).

    iii. l’état des parties communes, dont certaines sont en travaux depuis mon arrivée en 2005 : peinture à peine badigeonnée au rez-de-chaussée, fils d’un digicode hypothétique qui sont apparus durant l’hiver 2007 sans jamais avoir de digicode, boîte-aux-lettres tellement aux normes que durant trois semaines du printemps 2007 le facteur a refusé de nous distribuer le courrier, porte cochère qui ne ferme pas pour cause d’absence de pène à demeure plus d’une semaine et claque dès qu’il y a du vent, paliers sans ampoule électrique en état de marche.

    Dans l’attente que vous respectiez vos engagements, tout comme je respecte les miens en payant mon loyer, je vous prie d’agréer mes sentiments distingués.

  • DCXV. - Le violon.

    Chez le boucher, elle portait un épais bonnet de laine tressée. Des boucles coquettes en sortaient, grisées par le temps. Elle commandait de la longe, et des côtelettes. Et plusieurs souris d'agneau. Sa famille certainement venait la voir. Et, d'impatience, elle frippait dans ses ceps de vigne tachés, marqués de veines, un porte-monnaie de tissu brodé.

    Chez l'épicier, elle s'approchait du caissier, flottant dans son manteau beige. Trentenaire au front bas de gars du sud, qui a souvent un mot gentil. Ses sourcils immanquablement me font penser à M. Furt, que j'ai croisé sans le rencontrer. Elle lui sourit, et lui tend son sac de boucherie.

    Elle. - Tenez. Vous savez, j'en ai trop acheté. Prenez, ça me fait plaisir, si, si. Un grand garçon comme vous, il a besoin de manger.

    Lui, surpris. - Euh... C'est pour moi ?

    Elle. - Oui. Ca me fait plaisir. À demain.

    Quand j'avais dix ans, ou presque, ma famille avait gueulé sur mon grand'père, qui avait donné au concierge de sa maison de retraite le violon. C'était - peut-être que je me trompe - le violon de mon arrière-arrière-grand'père Carmelo, celui qui venait de Malte avec sa femme, avant de trouver Marseille puis l'Algérie. Quelque chose comme une antiquité, ou notre dernière bribe de blason, en somme.

    Pépé avait pleuré. À chaque fois qe j'y repense, je me sens triste. Comme là.

    Je crois savoir maintenant pourquoi il l'a fait.

  • DCXIV. - Elle, il.

    - 1 -

    Elle


    Il y a des années, elle m'avait quitté. Nous avions longtemps été l'un pour l'autre, jusqu'à ce qu'elle me dise, je crois, que j'étais homosexuel. Longtemps nous avions frémit l'un de l'autre, dans les lettres et les silences du téléphone. Emois terribles des mains qui se mélangent, aux tables des cafés lyonnais.

    Nous avions nos infidélités. Immanquablement pourtant, nous nous retrouvions, malgré les silences qui s'étalaient, parfois, sur des années. Dans les draps étranges de chambres prêtées, où des poissons crevaient de n'être pas nourris, nous nous enfouissions, couple illégitime. Si jamais j'ai trompé quelqu'un c'était pour elle.

    Il y eut des étés étouffants, au ciel noir rempli des fumées du quatorze juillet, des sommeils exténués de chaleur au pied du canapé qu'elle prenait. Il semblait que je souriais alors, dormant.

    Il y eut des silences, des fiertés. Des peurs, aussi, de tout ce qui était autour, mal digéré. Jamais je ne lui ai menti de quoi que ce soit. Elle savait.

    Dans la frénésie d'un printemps tout frais d'être, elle quitta tout pour me rejoindre. Je tranchais avec autant d'énervement ce qui m'entourait. Chacun, nous laissions nos copains.

    Il y eut un été de chaleur moite, d'orages. Un soir, tout le quartier était d'un noir moucheté de bougies. La fenêtre laissait à peine entrer un peu d'air ; nos corps ruisselaient l'un de l'autre. Mais la force profonde m'est revenue ; elle avait dû le voir avant moi. Elle n'osait plus me parler.

    Je me souviens de notre dernière conversation, sur un plancher au vernis poisseux. Septembre venait déjà, si rapide. Nous ne nous regardions pas, nos doigts s'évitaient, rangeant de vieilles pièces dans un coffret de santal. Elle était triste ; je ne comprenais pas encore.

    Ici, les années.

    Jeudi, elle m'a envoyé un message. Me proposant de la retrouver, à une fête. Je crois que j'ai eu de la chance, d'avoir trop de travail pour la rejoindre.






    - 2 -

    Un il


    Comme beaucoup de ceux qui me plaisent, il est mince et grand. Comme beaucoup de ceux-là, il travaille où l'on s'attend qu'il soit. Nos conversations dans ces cas parlent toujours du métier, et des goûts. Que ce soit lui ou un autre, je fais souvent pâle figure, de ne pas m'intéresser à la beauté d'un portefeuille de galuchat ou d'une table de verrerie. Ma barbe fascine, souvent, une condescendance amusée.

    Il suffit de si peu, alors.

    Il est d'une minceur de levrier contre mes poignets. Sa peau se veloute quand je la frôle, douceur. Fine odeur de sueur dans le parfum quand mes bras le porteront, blotti. Ma main presse sa hanche d'herbe fraîche, ses cheveux de ronce épaisse. Il est, enfin, sans les artifices. En baisers de fleurs offertes.

    J'ai comme toujours cette tristesse passagère, de penser que ce dos dont je caresse doucement le ventre, volutes du bassin épousées, ne me sera pas aussi inouï que ces moments d'effroi retrouvé, où l'on frémit de sentir seulement respirer ; où d'impatience il est resté encore un t-shirt ou des chaussettes. Bouche pressée contre l'oreille, palpitant.

    Plus tard, serré contre moi. Moineau crasseux, duvet hérissé de frileux - sa nuque d'homme tenait dans ma main, je le caressais doucement pendant qu'il se confiait. Il posait sa tête sur mon bras, enfermé dans la couette. Je préfère cet abandon au reste, je crois.

    Dehors il neigeait ; il n'a pas su qu'il était le quarantième.

    Nous avons mangé, j'ai jeté le thé qui avait refroidi. Avant qu'il ne parte, je lui ai donné mon parapluie, pour qu'il ne se mouille pas.

  • DCXIII. - Paris, 7 avril 2008, minuit trente-huit.

    Oh, il neige. À torrents.

    Ma couette est encore chaude de la soirée.






    La citation de Sire Constance :

    "Il pleut encore sur le Génie
    de la place de la Bastille
    boire du thé tout l'apres-midi
    de ces dimanches de camomille
    il pleut des cordes sur le Génie
    qui aurait cru que si peu d'eau
    ferait fuir les gens de Paris
    laissant l'ange trop seul et trop haut
    "