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20.04.2008
DCXX. - Liste de lectures.
i. L'Objet de mon affection, de Stephen McCauley. Depuis que Monsieur Bleu D*** m'a déclaré qu'il avait tout lu de McCauley, je me suis dit qu'il convenait que je me cultive, pour avoir une conversation digne d'un homme du monde - au moins sur un point essentiel de toute conversation digne d'un homme du monde. Ce qui est intéressant, à se mccauleyier vigoureusement, est de retrouver les tics d'un écrivain lorsque la mémoire ne fait pas trop défaut : toujours le narrateur est une grande bringue brune un peu introvertie et toujours catastrophée par l'idée du ménage et des conséquences de ce qu'elle pourrait dire, toujours la plus proche amie est une femme dont les bras sont surchargés de bracelets qui tintent en cascadant lorsqu'elle fume, forme de réplique du Vésuve à cheveux, toujours il a un petit blond déstabilisant, et toujours la manie immobilière fait surface. À croire qu'il est parisien, McCauley. - Cependant, sorti des répliques, qui font comme toujours mouche, j'avoue que là j'ai été un peu moins emporté par roman. Ca se lit sans souci, ça se brandit tout autant - pensez, avec un titre comme ça on concurrence tout Harlequin - mais on reste sur sa fin. Jarnidieu, il se décide, Paul, à la fin, ou quoi, hein, hein, hein ?
ii. Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup. Ca commence comme avec un Jean-Pierre Foucault : le type à sourire local, indécrottable à gomina de la téloche, qui fait jouer un pauvre serveur complètement illetré de dix-huit ans. Sauf que Ram Mohammad Thomas a tout juste, et qu'il gagne... un milliard de roupies (17 millions d'euros pour les chieurs) ! Et c'est là que ça va mal. Parce qu'on est en Inde, que la police n'est pas tendre et que celui qui gagne, c'est celui qui corrompt. Surtout que la production n'est vraiment pas prête à lui payer son dû. Sur cette base se construit un dialogue entre Ram et son avocate tombée des nues, où chaque question du jeu est l'occasion d'un retour dans le temps. Et d'une petite plongée dans les dessous bien glauques de l'Inde, loin du Darjeeling Limited ou du Maharashi Mahesh Yogi. Pourtant, après le monstre du Seigneur de Bombay, la rage ou les cadavres qui flottent sont presque innocents.
iii. Carnet du Trimard, de Jack London. M. Chaney fait partie de ces écrivains poursuivis par une malédiction : à écrire si bien, et des personnages si marquants, il se trouve toujours un éditeur qui offrira à l'humanité une version fac simile des mots croisés qu'ils faisaient dans les cagoinces. Cette livraison-là est élégante - petit carnet de cuir au dos marqué au fer, dans une police mi-Garamond mi-Times. Le problème est que Jack n'écrivait jamais là que des notes pour lui, et qu'il avait 18 ans. Tout le monde n'est pas Rimbaud. - Contexte : Jack en a marre, donc Jack décide de tailler la route en rejoignant l'Armée Industrielle, une idée du XIX° comme il y en a eu tant, qui consistait à constituer une ou deux divisions de chômeurs pour marcher sur Washington et réclamer du travail. Il prend en fraude des trains, saute dans des voitures frigorifiées qui trimballent des oranges de Californie, il crève la dalle, perd une chaussure. Et jette au passage des notes, sommaires, sur un carnet qu'un compagnon de dèche lui a offert. L'éditeur nous dit que ces carnets contiennent toute la germination future de l'immense auteur du Loup des mers ou du Dazzler. Peut-être que des idées ont fourmillé de là jusqu'à La Route, et plus loin jusqu'à Kerouac (tiens, faudra que je lise), mais j'avoue n'avoir pas été très convaincu... Même par le style, qui n'est jamais qu'un style de notes, où le papier est rare et le crayon cher.
iv. Même le mal se fait bien, de Michel Folco. Tant qu'à enchaîner à Dieu et nous seuls pouvons, j'ai pris l'édition du mois, hein, ça permet de faire le type qui suit les recommandations du Canard au pied de la lettre. Là encore nous avons des personnages carnassiers, une dynastie : ça commence avec le général-baron Charlemagne Tricotin de Racleterre, pourfendeur de Chouans et pourvoyeur de la Convention en peau d'abbé, qui se fait trucider le jour de son mariage par des Piémontais, puis ça continue avec Carolus qui non content d'avoir un beau-papa teuton empaille des belettes imitant le cri de la carotte avant de mourir dans un sommet d'humour noir - jusqu'à Marcello, le fils, un peu perdu entre son vorace de père et son beau-père de maire un peu trop envahissant. Jusqu'à ce qu'il découvre, au cours d'un voyage initiatique, qui est Aloïs Hitler, mais face pour la façade un brin de causette avec le sieur Freud. Chose pas forcément la plus intéressante - j'ai nettement préféré les scènes de bordel. C'est un souk, c'est cruel, on rigole pas mal à condition d'aimer l'humour noir, on fait pas trop attention en fin de compte aux récitatifs obligés sur Vienne et la médecine d'époque (les électrolyses et autres outils de contention) pour dévorer tout ça sans souci.
v. Microfictions, de Régis Jauffret. Celui-là, il faut être honnête : je l'ai commencé il y a plus d'un an, dans le train de février qui m'emmenait à Nantes (te souviens-tu ?). Le format (un récit fait deux pages) permet la lecture distante. De toute manière, lorsqu'on veut tout enchaîner, on s'y perd, et on s'en lasse. Alors qu'au matin, au sortir de la douche, pendant que la peau finit de sécher, c'est assez agréable. Surtout lorsqu'on veut se convaincre que non il faut aller bosser. Bien sûr, il ne faut pas craindre le - très - glauque, le - très - noir. Ma lenteur à le lire est certainement aussi due au fait que la structure est très rapidement répétitive, les thèmes ressassés comme on mâche du foin, avec tristesse. On ne peut pas écrire 500 récits en 1000 pages sans avoir ce risque. Il y a pourtant des pages de pure beauté, c'est dommage.
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