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31.03.2008
DCXII. - Et bouing.
ii. Pourtant, au Louvre, la mise en place des installations Jan Fabre ont décroché des toiles qui me sont chères : les Quatre Evangélistes de Joardens, le Joueur de Luth de Hals et l'Autoportrait de Rembrandt âgé n'y sont plus, chassés par des insectes de plastique. Ca a son intérêt - ça laisse des doutes. Surtout lorsqu'on veut fanfaronner, et montrer comme on connaît son musée. Allez retrouver Holbein, entre les tombes et les globes d'élytres vernies. Bouing, bouing.
iii. Le médecin du travail, enfin rencontré après un bon laps et lapin de ma part, m'a d'emblée attaqué sur les thèmes de 1/ "lorsqu'on est coureur" ; 2/ "vous ronflez, n'est-ce pas ?" et 3/ "avec son compagnon... ou sa compagne." - Tenter de rester imperturbable et de répondre naturellement. - Envisager de disparaître à tout jamais de la blogosphère. - S'inquiéter sérieusement de ce que je donne à voir de moi. - Ou se demander si les cravates grises à rayures bleues ne font pas un succès fou chez les ronfleurs pédés. C'est qu'il connaissait mon quartier, l'esculape. Et bouing.
Me voilà muni d'exams pour mes ronflements, tous frais payés. Gentil, de tenir à ce que je ne me réveille plus seul.
"Les habitants du vieil immeuble en pierre de taille, en bordure du parc de Humlegard, à Stockholm, étaient des ges aisés, à l'instar de Rafael Juntunen, gangster de son état."
21:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.03.2008
DCXI. - Liste de lectures.
ii. Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra. Là, nous ne sommes plus vraiment dans l'anticipation, plutôt dans l'univers rugueux et grouillant de Bombay, quelque part entre le carnage des gangs, la corruption universelle, les ordures des bidonvilles et les fastes de Bollywood. L'histoire en soit est simple : un parrain local, Ganesh Gaitonde, se laisse prendre dans sa maison par un policier Sikh, vieux beau que la vie a ridé, et se suicide sans un mot. Sauf que la maison de Gaitonde était en fait un abri anti-nucléaire, un vrai de vrai, en plein Bombay. Et que les espions locaux font du souci à Sartaj, le policier, pour qu'il enquête. Moins que la trame conductrice, qui n'a rien de nouveau, je pense que ce roman vaut le coup d'oeil pour l'atmosphère qu'il décrit, grouillante, énorme, engluée dans les castes et les vieux restes des guerres coloniales, et les histoires secondaires. Notamment, le récit "Insert : une maison dans une ville lointaine", qui est à couper le souffle. C'est con, j'en ai loupé ma station de métro, à cause de ce maderchod.
iii. Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco. Malgré tout, les mille pages de Chandra exigent qu'on tienne la route - je ne l'ai pas tenue. Samedi passé, je me suis accordé une pause à lire ce roman noir, écrit en deux parties. Je me souvenais du film tiré de la première partie, Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, qui m'avait fait peur, ado. C'était un film trop en avance sur son temps, je pense : le glauque historique, avec de vrais vêtements décousus et de vraies dents déchaussées, en 1993, ça n'était pas trop à la mode encore. Pourtant, le roman est un bon moment : c'est l'histoire de Justinien, qui devient bourreau parce que sinon il va aux galères, et de sa famille, qui est restée bourrel deux cent ans durant jusqu'à ce que le décret Crémieux de 1871 supprime les exécuteurs de province, laissant l'exclusivité à la famille Deibler. Et c'est l'histoire de la famille, vers 1901, qui aimerait bien reprendre du service, surtout que dans l'oustal familial, on conserve tout un matériel qui ne sert plus, et c'est bien dommage, ma pauvre dame. Faut aimer l'humour noir, être fasciné par la guillotine, mais ça passe tout seul. Enfin, ça glisse tout seul, comme un mouton. De guillotine.
14:26 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.03.2008
DCX. - La joie de peindre.
Il y a une toile, une copie d'un Franz Hals, sur laquelle je bataille depuis des mois. J'ai déjà dû reprendre le visage trois fois et malgré tout je n'en suis toujours pas parvenu à bout. Hier encore on s'est échiné sans succès.
Hier soir, alors que j'étais assis devant l'ordinateur, parcourant des blogs, un truc m'a pris. Je me suis retrouvé avec une toile sur les genoux à griffonner, gribouiller, tracer de grands traits. Quelques minutes plus tard, mâchonnant du fromage de Corse, j'étais toujours au bureau, toile sur les genoux et de l'huile plein les bras.
C'est la première fois que je peins aussi rapidement, aussi sûrement : alors qu'en général il me faut des mois, des reprises, des repentirs, en une petite dizaine d'heures tout était plié. On va dire que j'étais sous feu sacré ou exta, et que la Muse m'avait fait prendre mon luth.
Ores donc, à défaut de dessin du ouiquennede, la toile du jour :

Le Lever
Huile sur toile, 50 x 60.
20:01 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.03.2008
DCIX. - Carnet de notes.
Vous avez eu la bonté de nous confier le petit Olivier pour ce stage éducatif et récréatif au sein de notre belle organisation philanthropique, Les joyeuses marmottes de Savoie. C'est avec beaucoup de plaisir et l'expression cependant de mon dévouement le plus sincère et le plus profond, au vu de la contribution que vous apportez à nos bonnes oeuvres, que je me permets de vous faire suivre le carnet de notes de votre charmant bambin.
Bien cordialement,
Le Directeur des Joyeuses marmottes de Savoie.
Acrobranche. - Olivier a un don tout particulier pour se tenir aux filins. On le croirait né dans les arbres. Il a fallu d'ailleurs appeler une escouade de pompiers pour scier les câbles : il ne voulait pas les lâcher.
Slalom en luge. - Excellent élément ! Olivier a réussi à passer par toutes les portes. Apprendre à les contourner n'est jamais qu'une affaire de patience.
Ski alpin. - Cet élève a compris l'essentiel du ski, et son but principal. Je ne vois pas ce qu'on peut lui apprendre de plus. Peut-être chausser les skis, mais après tout siroter à un bar un martini en regardant les pentes neigeuses où s'ébat le touriste et l'anglais me semble parfaitement couleur locale.
Dégustation. - Malgré quelques lacunes pour distinguer le Beaufort de l'Abondance, Olivier s'est très nettement rattrapé de cet essoufflement passager grâce au saucisson aux myrtilles et à la Tomme. Nous ne pouvons que nous incliner devant ses efforts louables et néanmoins couronnés de succès pour distinguer le Gamay de l'Apremont et du Chardonnay. L'enseignant avoue qu'il lui doit une bouteille de Génépi pour connaître le Crépy.
Train de luges. - L'élève a réussi à ne pas trop glappir, ce qui est un peu décevant. Pourtant la pente était droite, et le chemin raide.
Sarbacane. - Olivier présente de très nettes dispositions pour cet art, qui se confirmeront une fois qu'il pourra viser la cible.
Raquettes. - Noooooon, ça ne sert pas à chasser le dahu !
23:03 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
DCVIII. - Courriers.
Parce que ces temps-ci ce genre de courriel s'accumule dans une de mes boîtes aux lettres, et que je me demande à quoi sert le boulot de chasseur de tête s'ils se contentent de faire du mailing à outrance sans même regarder à qui ils envoient leurs messages...
Monsieur,
Vous trouverez ci-joint la description de poste. Si vous êtes intéressé, n'hésitez pas à m'envoyer votre cv actualisé et je vous recontacterai afin de mieux cerner votre profil.
Sinon, n'hésitez pas à la communiquer à des personnes susceptibles d'être intéressées.
Dans l'attente d'une réponse de votre part,
Bien cordialement, etc.
Madame,
Bien cordialement, etc.
22:44 Publié dans Actualité et indignations diverses. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.03.2008
DCVII. - Autoportrait rouge.
21:36 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
DCVI. - Le dessin du dimanche.
20:16 Publié dans Oeuvrettes au cours du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.03.2008
DCV. - En buvant, en sirotant.
ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.
iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.
iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.
v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?
vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.
vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.
viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.
Extraits.
Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?
Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.
Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.
Timothée. - Largement pour ce que je fais.
Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.
Timothée. - Je ne veux pas le louper.
Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.
Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.
[...]
Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.
21:14 Publié dans Listes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCIV. - En rêvant, en cauchemardant.
Cette nuit, je suis le Baih d'une Compagnie de Bombay. C'est la guerre avec un autre gang, elle est sordide. L'un de mes amis, ils l'ont tué, et gardé le doigt. Je ne me souviens plus de quel doigt, mais ils ont gardé un de ses doigts.
Alors avec les boys, on investit leur repaire, en plein coeur de leur raj. Leur chef est là. C'est un vieil homme à la peau lisse, brune. Petit et sans cheveu. Les murs, de bois verni et sombre, ils sont parfois tachés de petits bouts de cervelle et de sang. Le soleil entre par une persienne, éclairant juste devant un bureau d'acajou.
Le vieil homme n'a pas peur. J'arrose sa main d'alcool, et je verse le reste dans un bol. Et je le force à se couper les doigts, les cuire et les manger.
Je ne me souviens plus jusqu'à quel stade je l'ai forcé à se dévorer. C'est là que je me suis réveillé.
09:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
DCIII. - Somewhere over the rain.
Un Airbus 319 au-dessus de l'Océan. Il fait nuit, j'ai plongé la tête dans ce monstrueux pavé doré qui me fait regarder de tous les passants à chaque fois que je le traîne, essayant d'oublier encore le satané mal à l'oeil gauche qui me prend à chaque fois que j'embarque dans cette boîte de fer-blanc.
Il fait chaud, l'avion est plein : au Portugal, la semaine de Pâques s'annonce festive, familiale du moins. L'odeur des sandwiches infects que l'on va tenter de nous servir commence à remplir la cabine ; l'avion tangue, un peu. Un enfant chantonne.
À ma gauche, serré contre le hublot, un petit brun frotte ses mains sur les cuisses. Attentif au moindre frémissement de la voilure, je le sens pas à l'aise. Il me rappelle cette Chinoise terrifiée qui n'avait pas bougé d'une once au retour de Frisco, remplissant l'air des vents de sa peur. Parfois, il se penche, prend un dossier, le compulse. Sans vraiment faire attention, on devine des horaires. Compulsés, regardés, repliés puis revus à nouveau. Puis une photo d'enfant, qu'il sort et regarde.
Le reste est une traduction approximative de notre anglais tout aussi approximatif.
Lui. - Pardon, monsieur. Je peux vous poser une question ?
Moi, refermant le pavé. - Oui, bien sûr. Je vous en prie.
Lui. - J'aurais besoin d'un conseil.
Moi, m'imaginant qu'on va me demander de porter une valise afghane au Mollah Omar. - Euh ? Oui...
Lui. - Voilà. Je viens de partir du Portugal, je vais rejoindre mon oncle à Paris. Puis demain je repars pour Goa, et ensuite pour le Sri Lanka, voir ma famille. J'ai plein d'heures d'attente à chaque fois.
Moi. - Pfoui. Ca, c'est du trajet.
Lui. - Mais du coup je viens de laisser à Porto ma femme et mon fils. Il est tout petit. Il a sept mois. C'est dur. Vous pensez que je peux échanger mes billets et rentrer à la maison demain ?
Ici, Lecteur, imagine que je suis tout attendri, et que je l'ai vraiment trouvé mignon, ce jeune papa.
01:32 Publié dans Toute référence à Julien Gracq n'est pas du hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



