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  • DCXII. - Et bouing.


    i. Comme le Lecteur attentif, si j'en ai un, l'aura remarqué : pas de dessin ce ouiquennede, pour cause de quasi dallowaysation massive. Il faut s'en occuper, d'un grand dadais comme ça : ça prend du temps, de trouver des prétextes pour sortir toute la bouffistaille et s'en mettre jusque là, écartant d'une fourchette soulagée les bons vieux remords de l'été qui approche. Hop, chou farci, vin et frometon et un peu de rock par-dessus. Guinness tant qu'à faire dans un pub avant de fumoter, reste d'adolescent, sur un quai à côté de rockeurs du dimanche et de midinettes de passage. Bouing.

    ii. Pourtant, au Louvre, la mise en place des installations Jan Fabre ont décroché des toiles qui me sont chères : les Quatre Evangélistes de Joardens, le Joueur de Luth de Hals et l'Autoportrait de Rembrandt âgé n'y sont plus, chassés par des insectes de plastique. Ca a son intérêt - ça laisse des doutes. Surtout lorsqu'on veut fanfaronner, et montrer comme on connaît son musée. Allez retrouver Holbein, entre les tombes et les globes d'élytres vernies. Bouing, bouing.

    iii. Le médecin du travail, enfin rencontré après un bon laps et lapin de ma part, m'a d'emblée attaqué sur les thèmes de 1/ "lorsqu'on est coureur" ; 2/ "vous ronflez, n'est-ce pas ?" et 3/ "avec son compagnon... ou sa compagne." - Tenter de rester imperturbable et de répondre naturellement. - Envisager de disparaître à tout jamais de la blogosphère. - S'inquiéter sérieusement de ce que je donne à voir de moi. - Ou se demander si les cravates grises à rayures bleues ne font pas un succès fou chez les ronfleurs pédés. C'est qu'il connaissait mon quartier, l'esculape. Et bouing.

    Me voilà muni d'exams pour mes ronflements, tous frais payés. Gentil, de tenir à ce que je ne me réveille plus seul.






    L'incipit du jour :

    "Les habitants du vieil immeuble en pierre de taille, en bordure du parc de Humlegard, à Stockholm, étaient des ges aisés, à l'instar de Rafael Juntunen, gangster de son état."

  • DCXI. - Liste de lectures.

    i. Tous à Zanzibar, de John Brunner. Enfin réédité chez Poche, ce classique de l'anticipation nous décrit un drôle de monde, une terre surpeuplée où la population, serrée coude à coude, tiendrait entière sur l'île de Zanzibar. Mais si surpeuplé, aussi, que les logements sont d'une cherté parisienne partout, que les plus hauts cadres des plus grandes entreprises (quelque chose comme 10 sur l'échelle de Bouton, pour citer le Canard Enchaîné) sont contraints à la colocation, et les Etats à mettre en oeuvre des lois eugéniques. Ce n'est pas tout le monde qui peut avoir des enfants, désormais, et en même temps avoir des enfants devient une malédiction qui vous condamne à fuir sans cesse - car vous êtes un irresponsable. Cet univers est un monde régit par les ordinateurs, qui computent et compulsent et vous sortent des statistiques à n'en plus finir, les décideurs ne se fondant que sur elles. Dans la terre de Shalmeneser, l'ordinateur de la GT, quel espoir reste-t-il pour vivre ? Un livre-monde, sans solution. Et pas si lointain.

    ii. Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra. Là, nous ne sommes plus vraiment dans l'anticipation, plutôt dans l'univers rugueux et grouillant de Bombay, quelque part entre le carnage des gangs, la corruption universelle, les ordures des bidonvilles et les fastes de Bollywood. L'histoire en soit est simple : un parrain local, Ganesh Gaitonde, se laisse prendre dans sa maison par un policier Sikh, vieux beau que la vie a ridé, et se suicide sans un mot. Sauf que la maison de Gaitonde était en fait un abri anti-nucléaire, un vrai de vrai, en plein Bombay. Et que les espions locaux font du souci à Sartaj, le policier, pour qu'il enquête. Moins que la trame conductrice, qui n'a rien de nouveau, je pense que ce roman vaut le coup d'oeil pour l'atmosphère qu'il décrit, grouillante, énorme, engluée dans les castes et les vieux restes des guerres coloniales, et les histoires secondaires. Notamment, le récit "Insert : une maison dans une ville lointaine", qui est à couper le souffle. C'est con, j'en ai loupé ma station de métro, à cause de ce maderchod.

    iii. Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco. Malgré tout, les mille pages de Chandra exigent qu'on tienne la route - je ne l'ai pas tenue. Samedi passé, je me suis accordé une pause à lire ce roman noir, écrit en deux parties. Je me souvenais du film tiré de la première partie, Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, qui m'avait fait peur, ado. C'était un film trop en avance sur son temps, je pense : le glauque historique, avec de vrais vêtements décousus et de vraies dents déchaussées, en 1993, ça n'était pas trop à la mode encore. Pourtant, le roman est un bon moment : c'est l'histoire de Justinien, qui devient bourreau parce que sinon il va aux galères, et de sa famille, qui est restée bourrel deux cent ans durant jusqu'à ce que le décret Crémieux de 1871 supprime les exécuteurs de province, laissant l'exclusivité à la famille Deibler. Et c'est l'histoire de la famille, vers 1901, qui aimerait bien reprendre du service, surtout que dans l'oustal familial, on conserve tout un matériel qui ne sert plus, et c'est bien dommage, ma pauvre dame. Faut aimer l'humour noir, être fasciné par la guillotine, mais ça passe tout seul. Enfin, ça glisse tout seul, comme un mouton. De guillotine.


  • DCX. - La joie de peindre.

    Il y a une toile, une copie d'un Franz Hals, sur laquelle je bataille depuis des mois. J'ai déjà dû reprendre le visage trois fois et malgré tout je n'en suis toujours pas parvenu à bout. Hier encore on s'est échiné sans succès.

    Hier soir, alors que j'étais assis devant l'ordinateur, parcourant des blogs, un truc m'a pris. Je me suis retrouvé avec une toile sur les genoux à griffonner, gribouiller, tracer de grands traits. Quelques minutes plus tard, mâchonnant du fromage de Corse, j'étais toujours au bureau, toile sur les genoux et de l'huile plein les bras.

    C'est la première fois que je peins aussi rapidement, aussi sûrement : alors qu'en général il me faut des mois, des reprises, des repentirs, en une petite dizaine d'heures tout était plié. On va dire que j'étais sous feu sacré ou exta, et que la Muse m'avait fait prendre mon luth.

    Ores donc, à défaut de dessin du ouiquennede, la toile du jour :

    Le Lever

    Le Lever
    Huile sur toile, 50 x 60.

  • DCIX. - Carnet de notes.

    Madame, Monsieur,

    Vous avez eu la bonté de nous confier le petit Olivier pour ce stage éducatif et récréatif au sein de notre belle organisation philanthropique, Les joyeuses marmottes de Savoie. C'est avec beaucoup de plaisir et l'expression cependant de mon dévouement le plus sincère et le plus profond, au vu de la contribution que vous apportez à nos bonnes oeuvres, que je me permets de vous faire suivre le carnet de notes de votre charmant bambin.

    Bien cordialement,

    Le Directeur des Joyeuses marmottes de Savoie.

    Acrobranche. - Olivier a un don tout particulier pour se tenir aux filins. On le croirait né dans les arbres. Il a fallu d'ailleurs appeler une escouade de pompiers pour scier les câbles : il ne voulait pas les lâcher.

    Slalom en luge. - Excellent élément ! Olivier a réussi à passer par toutes les portes. Apprendre à les contourner n'est jamais qu'une affaire de patience.

    Ski alpin. - Cet élève a compris l'essentiel du ski, et son but principal. Je ne vois pas ce qu'on peut lui apprendre de plus. Peut-être chausser les skis, mais après tout siroter à un bar un martini en regardant les pentes neigeuses où s'ébat le touriste et l'anglais me semble parfaitement couleur locale.

    Dégustation. - Malgré quelques lacunes pour distinguer le Beaufort de l'Abondance, Olivier s'est très nettement rattrapé de cet essoufflement passager grâce au saucisson aux myrtilles et à la Tomme. Nous ne pouvons que nous incliner devant ses efforts louables et néanmoins couronnés de succès pour distinguer le Gamay de l'Apremont et du Chardonnay. L'enseignant avoue qu'il lui doit une bouteille de Génépi pour connaître le Crépy.

    Train de luges. - L'élève a réussi à ne pas trop glappir, ce qui est un peu décevant. Pourtant la pente était droite, et le chemin raide.

    Sarbacane. - Olivier présente de très nettes dispositions pour cet art, qui se confirmeront une fois qu'il pourra viser la cible.

    Raquettes. - Noooooon, ça ne sert pas à chasser le dahu !

  • DCVIII. - Courriers.

    Parce que ces temps-ci ce genre de courriel s'accumule dans une de mes boîtes aux lettres, et que je me demande à quoi sert le boulot de chasseur de tête s'ils se contentent de faire du mailing à outrance sans même regarder à qui ils envoient leurs messages...

    - 1 -


    Monsieur,

    Nous traitons actuellement une mission susceptible de vous intéresser. C'est une excellente opportunité professionnelle puisqu'il s'agit d'un poste d'Ingénieur Etudes Informatiques au sein de la filiale d'un grand groupe bancaire français à forte notoriété. Le poste est basé en région parisienne.

    Vous trouverez ci-joint la description de poste. Si vous êtes intéressé, n'hésitez pas à m'envoyer votre cv actualisé et je vous recontacterai afin de mieux cerner votre profil.

    Sinon, n'hésitez pas à la communiquer à des personnes susceptibles d'être intéressées.

    Dans l'attente d'une réponse de votre part,

    Bien cordialement, etc.


    - 2 -


    Madame,

    Je crains que votre proposition ne corresponde pas du tout à mon profil : je suis diplômé de l'E***, et je suis actuaire dans un cabinet de conseil. Par conséquent, une activité d'informaticien, en banque ou ailleurs, ne pourrait que me permettre d'assurer à mon employeur des pertes aussi grandes que celles de la Société Générale...

    Bien cordialement, etc.

  • DCVII. - Autoportrait rouge.

    Bon, on va dire que ça suffit, et que je vois plus trop ce que je peux faire de plus là-dessus. Signature, photo pour qu’on applaudisse, et section séchage définitif.

    Autoportrait rouge.

    Autoportrait rouge.
    Huile sur toile, 50 x 70.

  • DCV. - En buvant, en sirotant.

    i. Mon estomac bat la chamade, mais pour lui seul. Tant pis, le thé lentement infuse à côté de moi, il pleut parfois à verse et la nuit tombe sur la rue. Images simples et banales. J'ai des envies de flambée et de pénombre, cloisonné entre les oreilles d'un fauteuil Voltaire - je me rattrape dans les bras du mien.

    ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.

    iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.

    iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.

    v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?

    vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.

    vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.

    viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.

    Extraits.

    Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?

    Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.

    Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.

    Timothée. - Largement pour ce que je fais.

    Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.

    Timothée. - Je ne veux pas le louper.

    Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.

    Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.

    [...]

    Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.

  • DCIV. - En rêvant, en cauchemardant.


    Cette nuit, je suis le Baih d'une Compagnie de Bombay. C'est la guerre avec un autre gang, elle est sordide. L'un de mes amis, ils l'ont tué, et gardé le doigt. Je ne me souviens plus de quel doigt, mais ils ont gardé un de ses doigts.

    Alors avec les boys, on investit leur repaire, en plein coeur de leur raj. Leur chef est là. C'est un vieil homme à la peau lisse, brune. Petit et sans cheveu. Les murs, de bois verni et sombre, ils sont parfois tachés de petits bouts de cervelle et de sang. Le soleil entre par une persienne, éclairant juste devant un bureau d'acajou.

    Le vieil homme n'a pas peur. J'arrose sa main d'alcool, et je verse le reste dans un bol. Et je le force à se couper les doigts, les cuire et les manger.

    Je ne me souviens plus jusqu'à quel stade je l'ai forcé à se dévorer. C'est là que je me suis réveillé.

  • DCIII. - Somewhere over the rain.



    Un Airbus 319 au-dessus de l'Océan. Il fait nuit, j'ai plongé la tête dans ce monstrueux pavé doré qui me fait regarder de tous les passants à chaque fois que je le traîne, essayant d'oublier encore le satané mal à l'oeil gauche qui me prend à chaque fois que j'embarque dans cette boîte de fer-blanc.

    Il fait chaud, l'avion est plein : au Portugal, la semaine de Pâques s'annonce festive, familiale du moins. L'odeur des sandwiches infects que l'on va tenter de nous servir commence à remplir la cabine ; l'avion tangue, un peu. Un enfant chantonne.

    À ma gauche, serré contre le hublot, un petit brun frotte ses mains sur les cuisses. Attentif au moindre frémissement de la voilure, je le sens pas à l'aise. Il me rappelle cette Chinoise terrifiée qui n'avait pas bougé d'une once au retour de Frisco, remplissant l'air des vents de sa peur. Parfois, il se penche, prend un dossier, le compulse. Sans vraiment faire attention, on devine des horaires. Compulsés, regardés, repliés puis revus à nouveau. Puis une photo d'enfant, qu'il sort et regarde.

    Le reste est une traduction approximative de notre anglais tout aussi approximatif.

    Lui. - Pardon, monsieur. Je peux vous poser une question ?

    Moi, refermant le pavé. - Oui, bien sûr. Je vous en prie.

    Lui. - J'aurais besoin d'un conseil.

    Moi, m'imaginant qu'on va me demander de porter une valise afghane au Mollah Omar. - Euh ? Oui...

    Lui. - Voilà. Je viens de partir du Portugal, je vais rejoindre mon oncle à Paris. Puis demain je repars pour Goa, et ensuite pour le Sri Lanka, voir ma famille. J'ai plein d'heures d'attente à chaque fois.

    Moi. - Pfoui. Ca, c'est du trajet.

    Lui. - Mais du coup je viens de laisser à Porto ma femme et mon fils. Il est tout petit. Il a sept mois. C'est dur. Vous pensez que je peux échanger mes billets et rentrer à la maison demain ?

    Ici, Lecteur, imagine que je suis tout attendri, et que je l'ai vraiment trouvé mignon, ce jeune papa.


  • DCII. - Du cédé au concert.


    Patrick Watson, au grand dam de ce que pourrait dire un de mes Nantais préférés, ne casse pas trois pattes à un canard - ou du moins un bras à un médecin.

    Je suis méchant.

    Disons : il vaut mieux l'avoir en cédé qu'en concert. Ce qui passe très bien dans son chez soi, les petites réverb' et autres Larsen à bout de plage, devient très vite un très grand n'importe quoi dans une salle - même quand elle est aussi confidentielle que le Trabendo. Surtout que Patrick Watson, en concert, se lâche, côté effet sonore - et que son guitariste écrase tout sous ses ahanements de guitare zéro réglé trop fort. La saturation et le wa-wa à tout bout de chant, même en expérimental c'est très vite limite.

    Dommage. Je crois que je suis déçu - surtout que les chansons de Watson peuvent être au-delà de ce cafouillis sonore. L'album en donne un aperçu ; le "moment de grâce" (mis en scène ?) aussi : P. Watson qui descend dans la fosse, se juche sur une chaise au milieu du public et chante, sans micro, sans truc, sans rien qu'une guitare sèche.

    M'est avis qu'il devrait faire des concerts très différents de ses albums : sobres, simples. Et la magie opèrerait.

    Sinon y'avait du pédé à profusion, merci, et Watson est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi d'ici jeudi. En même temps, à Nantes, y'a aussi The Do. Veinard.

  • DCI. - Un dimanche comme les autres.


    Lu cuisiné bu mangé regardé un feuilleton avec un café et des framboises repassé un film continué une toile bu un thé pris du chocolat écouté Signé Furax continué l'autre toile fait des comptes.

    Vu un père à sa fenêtre, dandinant sur ses hanches, berçant son enfant dans la nuit. J'ai été triste.

    Je crois que je vais jeter ta brosse à dents. Hé ! T'entends ! Je vais jeter ta brosse à dents ! Tu veux tout de même pas que je gueule ? J'ai dit que je vais jeter ta brosse à dents !. Bon, bon, je la jette.

  • DC. - Boum, le garçon.



    Vous connaissez l'histoire de Boum, le garçon ?

    Bah c'est l'histoire d'Olivier qui sort du bureau de vote et qui se met la capuche de son pull, parce qu'il pleut. Il vire à gauche et boum, le garçon.

    C'est un très bel homme. Un brun, avec des lunettes. Il m'a rappelé Stéphane.

    Maintenant, Lecteur, essayez de caser ces phrases en moins d'un dixième de seconde.

    i. Oups !

    ii. Oh !

    iii. Je l'invite à manger ? J'ai du rôti pour trois, au moins.

    iv. Je lui demande ?

    v. Non, je l'inviterais uniquement parce que je me suis fait larguer y'a une semaine.

    vi. Vingt dieux et Sainte Relique, qu'il est beau.

    vii. "Pardon, excusez-moi".

  • DXCIX. - Restes de l'été.

    En faisant les précédents gribouillis sur mon carnet, j'ai retrouvé ces dessins au plomb et à la pierre. Quelques jours d'un début d'août 2007, la première fois où j'ai vu la marée.

    S'il y a un Lecteur que ça gêne - sait-on jamais - je peux toujours ôter...


    Pornichet, 1.

    Pornichet, 2.

    Pornichet, 3.

    Pornichet, 4.

    Pornichet, 5.

    Pornichet, 6.

    Pornichet, début août 2007.

  • DXCVIII. - Avec le reste d'encre de Chine.


    Hell & Back, d'après Frank Miller, 2.

    Hell & Back, d'après Frank Miller, 2.

    Hell & Back, d'après Frank Miller, 3.

    Source & modèles : Hell & Back du grand Frank Miller, mon dernier joujou.

  • DXCVII. - Etude(s).

    Différents instants dans la vie d'un dessin à l'encre de Chine. Lequel préférez-vous, Lecteur ?

    Etude, moment 1.

    Etude, moment 2.

    Etude, moment 3.
     
    Etude d'homme assis, encre de Chine, 21 x 29.7.

  • DXCVI. - Miscellanées diverses.



    i. Je me suis inscrit sur Wikipédia, par lassitude de n'y pas trouver d'articles sur l'assurance, et pour m'occuper. J'ai déjà corrigé sommairement un article hier sur les provisions techniques, mais il mériterait d'être intégralement sabré et refait. J'ai plein d'idées d'articles encyclopédiques, reste à savoir si mon instinct velléitaire tiendra le choc et la distance.

    ii. Le menu de ce midi s'est constitué d'un bon trait de Martini rosso, de courgettes au parmesan et d'un pâté en croûte monstrueux coupé sous mes yeux avides par une bouchère gothique. Un truc au citron et un café finiront, végétant sur le canapé (anacoluthe !), avant d'aller au cinéma ou lire. J'ai des cigares dont il faut que je m'occupe, et le Luxembourg est bon pour ça.

    iii. Le menu demain sera fait de fenouil, de céleri et de pomme verte. Je ne sais pas du tout ce que ça peut donner, il s'agit d'une idée comme cela, chez le marchand de quatre saisons. Faut juste espérer que ça aille avec le rôti aux pruneaux. Ce sera mon premier rôti.

    iv. J'ai loupé la crémière. Dommage, j'aurais repris de son gorgonzola avec plaisir. En même temps, je repars dans trois jours pour le Portugal.

    v. À se demander si ce refuge actuel dans la cuisine ne cache pas quelque chose.

    vi. La plus longue frontière de la France avec un Etat souverain fait 730 kilomètres, et elle est avec le Brésil. La plus courte fait 6 km, avec la Principauté de Monaco.

    vii. Hier, je me suis passionné pour les exclaves territoriales. Par exemple, la suite 212 du Claridges Hotel (Londres) a été le 17 juin 1945 un territoire yougoslave, par cession du Royaume-Uni à la Yougoslavie, afin de permettre à Alexandre de Serbie de naître sur le territoire yougoslave.

    viii. Je me demande comment maigrir.

    ix. J'ai des envies de citron. Une glace au citron, fraîche, et qui pique. Ca vous irait ?




  • DXCV. - Engeance de vengeance.

    i. Paris, de Cédric Klapisch, est absolument évitable. Aucun intérêt, si ce n'est - et encore - la danse du ventre de F. Luchini sur Smashed Potatoes.

    ii. Qui était tout fou depuis ce matin à cause d'une affichette entr'aperçue dans le métropolitain ? Qui a foncé à la Fédération Nationale d'Achat des Cadres à midi pour piaffer dans la file d'attente, en espérant qu'il reste des places ?

    iii. Qui est-ce qui va aller voir la semaine prochaine monsieur Chuck Berry himself, hein, hein, hein ? Moi qui le croyais mort, le pire... Imagine, ô Lecteur, zlabbiah de mes nycthémères et loukoum du reste du temps, Chuck Berry, le père fondateur du rock !

    Je serai donc modeste, évitant à mon Lecteur impavide et fanatique de la télévision l'expression enthousiaste et néanmoins jubilatoire de mon moi intérieur, situé quelque part entre le doux frisson de la cocotte à pleine vapeur sur le point d'exploser et la horde d'hélicoptères entamant avec les premières mesures wagnériennes la descente de la civilisation et du bonheur terrestre sur un amas de masures et de toits de plastique quelconque. La modestie et la discrétion, chose la plus nécessaire au nombrilisme gidouillard de n'importe quel almanach électronique, m'interdit en effet de laisser suppurer sur ces quelques pages la moindre espèce de satisfaction, la plus petite ombre de plaisir ou même le début de l'esquisse du commencement de vanité, de contentement.

    Bref.

    Rah.

    Chuck Berry.

    Tout de même.

    Chuck Berry !!!

    Chuuuuuuck Beeeeeeeeerrrrrrryyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy !!!

    Mh.
     
    Sur ce, pensons à notre grand blessé.
     
     
    Chuck Berry, Roll Over Beethoven, 1956.
    (enregistrement ORTF, 1965) 

  • DXCIV. - Une fin de soirée.



    Les Chansons d'amour de Christophe Honoré (2007).
    Musique d'Axel Beaupain.

  • DXCIII. - Une fin.

    J'ai conscience que je ne suis pas un enfant de choeur - qu'il m'arrive de faire des bêtises, ce n'est pas moi qui irait faire la morale sur bien des points. Je me doute bien qu'avec autant d'années à vivre seul, non seulement je ne suis pas facile d'emploi, mais en plus j'ai une certaine tendance à être fleur bleue - à m'attacher facilement - à rechercher, d'une façon britneyjohnesque, la vie de couple.
     
    Pourtant, par rapport à nombre de mes congénères, je ne tombe pas si aisément que cela en amour. Au mieux - une fois par an. La dernière personne chérie, notre relation a suivi une autre direction, et ce n'est peut-être pas si mal, maintenant qu'on voit le temps passé. Mon dernier "couple", c'était quand ? En 2005 ? Début 2006 ?
     
    Cette fois-ci, tout était allé très rapidement. J'en étais le premier étonné : les clefs d'appart, les présentations aux amis. A la famille, même, dans mon cas.
     
     Je me sentais bien - j'étais transporté - j'étais sur le point de tomber amoureux, j'en avais conscience. 
     
    Puis il y eut cette dispute - à cause de moi - cette réconciliation. Mon départ au Maroc, pour le travail. Il ne répondait plus. Il allait mal. Il semblait amorphe, dépressif. Il ne me regardait pas dans les yeux, ce soir où il m'a dit qu'il était dans une époque où il avait besoin d'être seul.
     
    Je n'allais pas jeter la pierre : moi aussi, ça m'arrive de m'enfermer, de ne plus répondre à quiconque. Attentif, touché, confiant, attendri - je le crois, j'espère que je ne me ments pas - je repartais travailler, quinze jours, ici, là. Comme un fou.
     
    Et, tout à l'heure, en voyant ça sur son profil, la colère a monté en moi. Elle est toujours rare ; elle est toujours violente.
     
    J'ai au passage appris que j'ai une façon de dire les choses tellement conventionnelle, que j'emploie tellement de phrases, de métaphores et de beau discours que ça ne peut que bloquer, et qu'avec moi on n'est pas naturel - qu'on a l'impression de jouer au jeu du petit garçon sage.
     
    L'hiver commence, en fin de compte.