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30.03.2008

DCXI. - Liste de lectures.

i. Tous à Zanzibar, de John Brunner. Enfin réédité chez Poche, ce classique de l'anticipation nous décrit un drôle de monde, une terre surpeuplée où la population, serrée coude à coude, tiendrait entière sur l'île de Zanzibar. Mais si surpeuplé, aussi, que les logements sont d'une cherté parisienne partout, que les plus hauts cadres des plus grandes entreprises (quelque chose comme 10 sur l'échelle de Bouton, pour citer le Canard Enchaîné) sont contraints à la colocation, et les Etats à mettre en oeuvre des lois eugéniques. Ce n'est pas tout le monde qui peut avoir des enfants, désormais, et en même temps avoir des enfants devient une malédiction qui vous condamne à fuir sans cesse - car vous êtes un irresponsable. Cet univers est un monde régit par les ordinateurs, qui computent et compulsent et vous sortent des statistiques à n'en plus finir, les décideurs ne se fondant que sur elles. Dans la terre de Shalmeneser, l'ordinateur de la GT, quel espoir reste-t-il pour vivre ? Un livre-monde, sans solution. Et pas si lointain.

ii. Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra. Là, nous ne sommes plus vraiment dans l'anticipation, plutôt dans l'univers rugueux et grouillant de Bombay, quelque part entre le carnage des gangs, la corruption universelle, les ordures des bidonvilles et les fastes de Bollywood. L'histoire en soit est simple : un parrain local, Ganesh Gaitonde, se laisse prendre dans sa maison par un policier Sikh, vieux beau que la vie a ridé, et se suicide sans un mot. Sauf que la maison de Gaitonde était en fait un abri anti-nucléaire, un vrai de vrai, en plein Bombay. Et que les espions locaux font du souci à Sartaj, le policier, pour qu'il enquête. Moins que la trame conductrice, qui n'a rien de nouveau, je pense que ce roman vaut le coup d'oeil pour l'atmosphère qu'il décrit, grouillante, énorme, engluée dans les castes et les vieux restes des guerres coloniales, et les histoires secondaires. Notamment, le récit "Insert : une maison dans une ville lointaine", qui est à couper le souffle. C'est con, j'en ai loupé ma station de métro, à cause de ce maderchod.

iii. Dieu et nous seuls pouvons, de Michel Folco. Malgré tout, les mille pages de Chandra exigent qu'on tienne la route - je ne l'ai pas tenue. Samedi passé, je me suis accordé une pause à lire ce roman noir, écrit en deux parties. Je me souvenais du film tiré de la première partie, Justinien Trouvé ou le Bâtard de Dieu, qui m'avait fait peur, ado. C'était un film trop en avance sur son temps, je pense : le glauque historique, avec de vrais vêtements décousus et de vraies dents déchaussées, en 1993, ça n'était pas trop à la mode encore. Pourtant, le roman est un bon moment : c'est l'histoire de Justinien, qui devient bourreau parce que sinon il va aux galères, et de sa famille, qui est restée bourrel deux cent ans durant jusqu'à ce que le décret Crémieux de 1871 supprime les exécuteurs de province, laissant l'exclusivité à la famille Deibler. Et c'est l'histoire de la famille, vers 1901, qui aimerait bien reprendre du service, surtout que dans l'oustal familial, on conserve tout un matériel qui ne sert plus, et c'est bien dommage, ma pauvre dame. Faut aimer l'humour noir, être fasciné par la guillotine, mais ça passe tout seul. Enfin, ça glisse tout seul, comme un mouton. De guillotine.


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