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15.03.2008
DCV. - En buvant, en sirotant.
i. Mon estomac bat la chamade, mais pour lui seul. Tant pis, le thé lentement infuse à côté de moi, il pleut parfois à verse et la nuit tombe sur la rue. Images simples et banales. J'ai des envies de flambée et de pénombre, cloisonné entre les oreilles d'un fauteuil Voltaire - je me rattrape dans les bras du mien.
ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.
iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.
iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.
v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?
vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.
vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.
viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.
Extraits.
Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?
Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.
Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.
Timothée. - Largement pour ce que je fais.
Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.
Timothée. - Je ne veux pas le louper.
Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.
Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.
[...]
Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.
ii. Je ne pourrai pas aller voir Saint-André lundi, c'est dommage. Surtout que les places étaient gratuites, et que je me souviens du sourire tout en dents du chanteur alors qu'il faisait sa reprise d'Aznavour. Mains martelant le clavier à larges gestes.
iii. Qu'importe, le ouiquennede sera simple, seul et doux - entre musique et silences. Un large morceau de gorgonzola, que la crémière prétendait avoir gardé pour moi - son mensonge m'a fait plaisir - repose. Priez pour son âme, Lecteur, et celle de mon foie.
iv. Parfois, je regrette que mes amis et moi n'habitions pas dans la même ville. Peut-être est-ce mieux, en somme. Je suis quelqu'un de peu causant, en fait, dans le privé. Homme qui a plus besoin de présence, d'embrassements et de gestes. Cela deviendrait lourd, certainement, tout le temps.
v. MR 73 est à voir avec circonspection et ses yeux, malgré les critiques qu'on en fait. La scène inaugurale, peut-être, avec le très beau Avalanche de Cohen. La photo et les cadrages sont intéressants, et font tout l'intérêt du film : larges plans de sépias et de murs lézardés, de couvertures jaunies aux couleurs improbables, je pense qu'un photographe apprécierait le ton au vu de ses dernières oeuvres. Le discours principal du film reste pourtant entaché d'une relation certaine à l'actualité qui m'a mis mal à l'aise. Le rachidadatisme à tout crin, même pour permettre de rajouter à la noirceur d'un tableau que Jean-Bernard Pouy aurait mieux brossé, broarf. Le personnage joué par Olivia Bonamy manque de profondeur, et l'on sent la tentation chez Philippe Nahon de nous la faire Annibal Lecter bovin. Ce qui fait l'élégance du scenario reste 1/ avant tout, la descente aux enfers de Schneider, sans Virgile comme G.O. et 2/ (ce en quoi je pense que nombre de mes collègues de cinéma ne seraient pas d'accord) le personnage de Subra qui est plus ambivalent qu'on ne le pense : voulait-il vraiment tuer Justine, en fin de compte et ce qui lui arrive à la fin était-il si nécessaire, dans le monde de paranoïa où erre Schneider ?
vi. Un netbuddy m'ayant recommandé de lire du manga, j'ai pris ce que la médiathèque m'offrait. Le Bouddha d'Ozamu Tezuka, je connaissais, et bon c'était sans plus pour le côté artistique de la chose. Spirale, de Junji Ito : pas envie d'être traumatisé à nouveau. Avec les midinettes qui restent en extase yeux clos d'une virgule devant de grands traits d'espoir et les garçons filiformes aux coiffures 220 volt élus mister collège, j'avais pas grand'chose qui semblait intéressant. de Takeno Shigeyasu finalement pris, j'avoue qu'à sa lecture j'en reste sur ma faim. Bien sûr, j'ai eu un joli torse de vingtanaire sous les yeux durant 230 pages et de sommaires évocations de la vie montagnarde & nippone. Je n'y ai pas retrouvé les fulgurances des phrases de Kawabata. J'attendais trop, certainement.
vii. Tant qu'on est au rayon bédés, parlons à la rigueur, Lecteur, de Vagues à l'âme, de Grégory Mardon, où un narrateur passe en revue la vie que son grand'père lui a racontée : le départ du Nord, l'engagement dans la marine, les quatre cent coups en Indochine avant la pied-noirdise en Tunisie et Algérie. Moins qu'un univers décrit (les descendants de pieds-noirs comme Bibi en resteront pour leur frais), il s'agit surtout de la description d'un homme, un brin Tartarin de Tourcoing. Intéressant, presque attachant. Notamment quand la grand'mère gratte sur la toile cirée les brûlures de cigarettes, doucement, après la mort de son mari.
viii. La trouvaille reste pourtant un petit opus, Appartement 23 de Michel Alzéal (2007, Les Enfants rouges). Timothée est un trentenaire enfermé chez lui, chômeur on le comprendra plus tard, fumeur - ça on le comprend de suite. Il a une vieille tantine qui vient le voir tous les mardi, lui porter des plats qu'elle lui cuisine. La tata Suzie monte les sept étages à pattes lorsque l'ascenseur est en panne, ce qui arrive souvent on ne sait pas trop pourquoi. Il y a une jeune femme qui s'installe au premier et n'aime pas les pantoufles en forme de chien, un vieil homme qui épie par le judas. Timothée, quoi qu'il arrive ne sort pas, ne se rase plus, descend des bières. Il regarde vaguement la télé, il attend. Tata Suzie n'aime pas trop ça.
Extraits.
Tata Suzie. - Tu manges bien au moins ?
Timothée. - Tous les mardi tu m'apportes de quoi me nourrir.
Tata Suzie. - Ce n'est pas suffisant, Timothée.
Timothée. - Largement pour ce que je fais.
Tata Suzie. - Tu ne peux pas passer le restat de ta vie comme ça. (Silence) Timothée... fais-moi plaisir. Sors, va voir du monde.
Timothée. - Je ne veux pas le louper.
Tata Suzie. - Tu sais bien que c'est fini mon petit. Il ne reviendra pas.
Timothée. - À mardi prochain, Tata Suzie.
[...]
Timothée. - J'ai trente-deux ans et une vie de chiotte. Je regarde même Amour et compagnie où l'autre conne est sur le point d'accoucher depuis plus de dix mois maintenant. (Silence) Bertrand me manque.
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