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  • DLXXXVII. - Afrique du nord, à une certaine heure.



    Lui. - Vous avez fait cette école ? Vous en êtes sorti en quelle année ?

    Moi. - Heu ? 'ttendez. Vers 2003, je crois.

    Lui. - Ah ! Moi, c'était en 1999. On n'aurait pas pu s'y rencontrer, alors.

    Unités : quelque part en Afrique du nord, vers neuf heures du soir.





    Situation : un aéroport ultra-moderne, non loin de l'océan Atlantique, perdu dans une plaine de champs à peine verdis par le matin. Le ciel, qu'on voit à travers les verrières, est légèrement brumeux - on devine des restes de rosée, ou plutôt d'humidité de la nuit posée comme un film à peine gras, sur quelques carlingues.

    Par intermittence on entend le vrombissement de l'air, brassé par de lourdes ailes, sans que les avions au sol ne semblent bouger. Quelques annonces au micro résonnent, un homme pas encore totalement réveillé se dirige vers une porte, le précieux billet en main. Plus loin, des groupes impatients s'agitent sur des fauteuils en moleskine grisâtre, surveillant d'un cou tordu l'écran qui décidément n'annonce pas l'embarquement - on va être en retard, peut-être est-il annulé.

    Derrière les barrages de la police, et de la douane, on devine l'agitation des bagagistes en uniforme crème. Il est tôt, cependant : peut-être six heures. Les duty free n'ont pas encore ouvert, un couple cherche de quoi manger. Les croissants pourtant n'ont pas été livrés, et la machine à orange ne fonctionne plus. Des enfants rêvent devant les vitres, ou au pied de leur père main sur la voiture en plastique. D'autres hurlent.

    En somme il ne s'agit jamais que de l'agitation universelle de n'importe quel aéroport moderne, comme il n'y en pas en France et un peu plus ailleurs.

    Dans la cohue du hall, il y a un de ces nombreux piliers de soutènement, recouverts d'une marqueterie d'acier. Dessus, un plan d'évacuation a été gravé dans un plastique brillant et blanc.

    Un homme de trente ans s'arrête devant et se dandine, se frottant les hanches, tendant son T-shirt entre ses paumes. Il baisse la tête, prend une respiration face au pilier. Puis il sort un bonnet de laine, dont il coiffe son crâne noir et lisse. Il se déchausse et se met à prier.

    L'hôtesse qui m'appelle pour embarquer m'empêche d'être ému.

  • DLXXXVI. - Cette semaine.

     
    Dépêche de dernière minute : Lecteur, finissant le Montepulciano d'hier, et le tiramisu (que j'ai finalement occis), me demandant ce qu'il adviendra de la barquette de framboise de reste, j'apprends avec toi qu'en fin de compte, cette semaine ce sera Portugal, par la case Maroc. Qui va se lever trois jours de suite à 4h30 du matin ?
     
    Ceci étant, mon p'tit frère est de retour du delta de la rivière de perles, et il m'a ramené des photos de la ville aux cinq chèvres. Extraits, pensant que M. Dalloway apprécierait - et les originaux seront bientôt en ligne, sur un site que je référencerai si on m'y autorise.
     
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  • DLXXXV. - Liste de lectures.



    i. La Dame de Pique, d'Alexandre Pouchkine. C'est une histoire de jeu, où un homme séduit une femme pour en voler une autre. Je crois qu'on en a fait un opéra - le titre, en tout cas, ne m'était pas inconnu, je pense même avoir chopé ce livre chez un bouquiniste pour cela. Peut-être cela a-t-il suffit, à l'époque, pour qu'on s'indigne, et que Gide qui voulait faire dans le sulfureux l'ait traduit dans les années trente. À moins, tout simplement, qu'il ne cherchât à gagner sa croûte. Pourtant, il y a comme dans son gothique quelque chose qui manque - on regrette que l'attente d'Hermann ne soit pas plus terrible - même ce qui arrive à la vieille comtesse. À tout dire, on dirait un résumé plus qu'un livre. Peut-être est-ce simplement qu'avec Poe l'horreur humaine, et celle de l'imagination, avaient déjà pris une toute autre ampleur, alors.

    ii. Récits de feu Ivan Pétrovitch Bielkine, du même. Ce sont des récits, plus brefs encore que la Dame - plus russes, dirais-je, car on l'a l'impression que Pouchkine cherche moins à faire assaut d'imagination. En un sens, il y est plus brut. Plus répétitif, aussi, dans la structure narrative. La Tempête de neige rappelle les filles enlevées par les pirates qu'on reconnaît miraculeusement au mouchoir de leur berceau, comme dans les bonnes vieilles pièces de Plaute et de Molière. On dira qu'il a fallu du temps à la Sainte Russie pour qu'elle s'ouvre à la modernité. La Demoiselle-paysanne fait aussi partie de cette section "mignonne", sans plus, tout comme Le Maître de poste : cela fait portrait de genre, on cherche le pittoresque et la morale, car il ne faut pas choquer la censure. Ce n'est jamais qu'avec Le Marchand de cercueil que les Récits prennent de l'ampleur : il y a du fantastique, du russe, de la terreur et pour le coup je comprendrais qu'on n'en mène pas large, si on lit ça dans une isba craquante, entre des champs aux blés secoués. Pourtant, c'est tout simplement Le Coup de pistolet qui donne au recueil une dimension tragique et terrible. Un récit sur cinq, mais quel récit : il y a de la jalousie mesquine, de la rancoeur, de la haine, quelque chose de surréel, d'inhumain dans cette obstination de "Silvio".

    iii. Doubrovski, du même. Oui, bon, le noble au père déchu devient brigand mais tombe amoureux de la fille de son bourreau, on a déjà lu ça dans les récits entre deux portes de Shakespeare ou les racontars d'auberge du . Je n'ai pas dû tomber sur les bons titres de Pouchkine.

    iv. La Guerre d'Alan - d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope, d'Emmanuel Guibert. Les deux premiers tomes ont été dévorés ce matin, et c'est publié chez l'Association. Non que le dessin de Guibert m'ait mis dans une transe extatique, mais après tout parler de bédés entre toutes celles que je m'enfourne ne fait pas de mal. Redde Caesari quae sunt Caesaris. Surtout, j'ai été très touché par le ton du narrateur - je ne sais si A. I. Cope a réellement existé, peu me chaud en fait. Mais le Cope de ce roman graphique est un personnage qui parle avec beaucoup de retenue, de pudeur, de sa participation à la guerre américaine en France de 1944-45.

    On sent comme une voix de vieillard qui parle sur une bande de magnétoscope. Sans se moquer, railler, mettre en avant ou cacher : Cope parle, simplement, de ce qui lui est arrivé. Le plus touchant, en somme, est que le trouffion qu'il était en somme n'a rien fait durant la guerre : son unité a débarqué bien après juin 44, les combats se déroulaient sans arrêt loin devant lui, il n'a jamais eu qu'à rouler à travers la France, l'Allemagne, la Tchéquie. Pourtant, on sent à travers ses mots l'emmerdement du soldat, l'énervement de l'attente, et ces moments de grandeur où l'on ne sait pas trop ce qui se passe, à voir défiler des chars allemands qui se rendent.

    "La colonne était longue, ils roulaient au pas, nous aussi, c'était terriblement lent. En arrivant à la hauteur de l'un des chars, le petit militaire allemand qui le précédait nous a regardé avec une telle surprise qu'il s'est arrêté, figé sur place, bouche bée comme un gosse. J'ai compris que son conducteur ne voyait pas qu'il s'était arrêté et qu'il allait lui rentrer dedans. Alors, j'ai fait de grands gestes, j'ai essayé d'attire l'attention de ces gens. Marker, qui était à ma droite et ne voyait rien à cause de l'angle, m'a empoigné."Mais qu'est-ce que tu fais, Cope ? Il ne faut pas faire de signes aux Allemands !" J'ai crié :"Regarde !" Le char a rabattu le petit Allemand sous sa chenille."

    v. De mal en pis, d'Alex Robinson. De Robinson, je connaissais son deuxième roman graphique, Dernier rappel, qui m'avait laissé un certain sentiment placide - même si je l'avais lu d'une traite. Cette première bédé (600 pages, excusez du peu) m'a occupé un bon bout de la journée, entre deux repassages de chemise et un ciné. C'est une histoire de trentenaires, de new-yorkais, de types un peu largués et de couples calmes comme je les aime. Ce qui est vraiment intéressant est que ce récit fait l'économie et du retournement de situation, et de la focalisation sur un seul personnage : les personnages évoluent, et le récit évolue aussi autour d'eux. Il n'y a pas de changement de focale ou d'éclairage : simplement, le glissement du discours qui est aussi celui du temps qui passe (quelques années, en fin de compte). J'ai beaucoup aimé les enchevêtrement de bulles pour marquer la confusion des personnages, les pensées qui se chevauchent au sein des cerveaux, les hésitations un peu lâches de nous, les hommes.

    Et la scansion du récit par des planches dans le genre "les personnages doivent tous répondre à une question embarassante" est plutôt bien trouvée, sans compter la présence des récits en arrière-plan, avec la jeunette qui fugue et le tueur-avocat, il m'a fallu du temps pour repérer le truc (mais avant que le pot aux roses soit dévoilé, hein, chuis pas né de la dernière pluie, toudmêm !). Seule anicroche : les planches 434 et 534 sont les mêmes. Erreur d'édition.

    Je pense qu'à la Horse, les types aux grands yeux qui me regardaient penché sur mon pavé, Irish coffee à la main, m'ont pris pour un minable. M'en fous, j'en ai besoin, de siroter des trucs au café alcoolisé et brûlants, et de lire des pavés. Ils me dragueront un autre jour.

    Sinon, Jumper sans grand intérêt si ce n'est l'esthétique de l'acteur (format adolescent ou adulte, je prends les deux). Je voulais enchaîner avec Paris, mais la queue était trop longue. Il y a certains centimètres devant lesquels il vaut mieux abdiquer.


    P.S. quasi immédiat : j'ai oublié d'indiquer que j'ai aussi lu L'Amour à Rome, de Pierre Grimal. Voilà qui est fait.
     

  • DLXXXIII. - A défaut de photos, dessins du soir.

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    Pied, étude à l'huile sur papier
     
     
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    Vieille femme, étude à la sanguine sur papier
    D'après une photo de Géraud
     
     
     
    Et, prenant ces photos, j'ai retrouvé les tiennes. Tu étais beau.

  • DLXXXII. - En vous appuyant sur votre expérience personnelle...


    i. Je serai lundi à Casablanca, mardi dans l'avion et à Paris, mercredi, jeudi et vendredi à Porto. On prétend qu'être gangster, avec ou sans cravate, est n'avoir pas de logis : j'expérimente. Je sens le traquenard se préparer, et le pire est que ce n'est même pas quelqu'un d'aussi intègre qu'Elliott Ness qui va me coincer dans les rues de la ville blanche. Il va falloir que je pense à faire doubler le fond de mon étui à violon.

    ii. Remarque suite à des échanges internautiques : nous sommes, avec le temps, et la même chose, et une évolution. L'inconvénient est que notre constance n'apparaît qu'à nous, et que les autres souffrent de ce qu'ils croient se mouvoir.

    iii. Ici, Lecteur, dans la mesure où je n'ai guère envie de parler plus de moi, je souhaiterais que tu me dises ce que tu penses de Nicolas Poussin.

    iv. Ensuite, en te fondant sur tes expériences personnelles, tu traiteras de ce que faisait le Dasein de Hegel autour de l'étang de Kant, en considérant du point de vue de la franche rigolade anthropométrique et jaculatoire l'importance du in buccam stat gaudium en ce qui concerne le point de vue de Curnonsky et de Catulle.

    v. Puis tu parleras de ta journée. Selon ta profession, je te laisse évoquer l'art de coller des sparadraps, de brûler des clopes, de vanter le dernier spectacle que tu montes (à Paris, en Lozère ou Irlande), d'écrire des articles de philosophie, de monter des câbles de téléphonie fixe, et cetera, mais j'aimerais aussi que tu parles un peu de toi.

    vi. Notamment, que tu évoques ton état d'esprit.

    vii. Ensuite, que tu traites de tes espoirs, et de ce que tu penses t'être permis d'espérer.

    viii. Après, ce que tu penses ce qu'est l'homme.

     

     



    Sur ce, la citation du jour, ad usum Delphini, comme dirait Monsieur de Montausier :

     

    "PEDICABO ego uos et irrumabo,
    Aureli pathice et cinaede Furi,
    qui me ex uersiculis meis putastis,
    quod sunt molliculi, parum pudicum.
    nam castum esse decet pium poetam ipsum,
    uersiculos nihil necesse est;
    qui tum denique habent salem ac leporem,
    si sunt molliculi ac parum pudici,
    et quod pruriat incitare possunt,
    non dico pueris, sed his pilosis
    qui duros nequeunt mouere lumbos.
    uos, quod milia multa basiorum
    legistis, male me marem putatis?
    pedicabo ego uos et irrumabo.
    "
  • DLXXXI. - Melancholia.

    Aucun esprit ne se prendrait à regarder l'horizon, ou derrière soi, pour voir des signes. Il n'y a que les inquiets qui cherchent, dans les entrailles diverses de leurs soucis, les preuves de ce qu'ils souhaitent en fin de compte arriver, comme un délassement à leur terreur par anticipation. D'autres, peut-être jaloux, croient deviner derrière eux le rampement d'une bête quelconque, qui n'est souvent que le reste du vent dans l'herbe.
     
    Et la bête immonde, la chose qui n'a plus de nom lentement a tiré ses amples toiles d'ombre et de fumée. On ne la découvre qu'une fois pris dans les nuées obscures.
     
    Cette fois ce n'est pas moi qui s'est trouvé glissé dans son giron.
     
    Pendant un temps, l'infâme jalousie a ressurgi : et si on me mentait - et si on simulait pour me débarasser ? Ce ne sera pas la première fois, dans ma longue carrière de retours au célibat. Pourtant, je crois avoir été trop longtemps (parfois : encore) mélancholique pour deviner les traces du taedium.
     
    Peut-être est-ce plein d'une candeur déclamatoire, vertueuse, dont je me satisfais à présent - peut-être que je ne tiendrais rien de tout cela - peut-être mon couple n'en sortira-t-il pas.
     
    Pourtant, je crois que je vais l'attendre. Après tout, la coccinelle qui marche tranquillement sur mon clavier, élytres écartées, inciterait à le croire.
     

  • DLXXX. - Six heures trente.

    Et qui revient du travail que maintenant, après une nuit blanche-pizzas ?

    Bonne nuit, les gens. Maintenant, je peux aussi devenir urgentiste.

     Notule de 11h40 : et c'est reparti ! Tout ce que je demande, c'est être en France demain soir...

  • DLXXIX. - 15 jours ailleurs.

    J’étais dans un pays de soleil, qui caresse le visage que les femmes cachent. J’ai vu des hommes dignes et cravatés partir, le vendredi midi, leur tapis à la main. J’ai bu du café épicé, et mangé avec les mains dans des plats de viande de chameau, dont les têtes dignes au long cil athénien s’étiraient au bout d’un cou de viande suspendue au plafond des boutiques. Des bouchers, enjambant les derniers restes d’une vache éthique qu’on pouvait acheter, allaient décharner une tête de bœuf d’où le sang épais tombait pour qu’un enfant le touche du doigt et le suce.

    Sur les places de terre et d’argile finissaient les ruisseaux de sang mousseux et de savon qui sortaient de baraquements. Des familles mangeaient le plat des braseros avec des oignons crus. Des vieux, repus, dormaient dans des trous du gazon, couchés sur le côté comme pour songer. L’air était de lumière, de fumée épaisse et de mouche.

    J’ai travaillé pour manger, assis contre une voiture, des saucisses de foie dans un grand pain rond que le vendeur avait piqué de ses brochettes. Epais, gluant de sauce et d’oignon. J’ai grignoté des beignets de semoule, et je ne regardais pas les femmes, accotées aux escaliers, qui relevaient leur voile à mon passage d’une main sèche et brune. Leur enfant au cheveu épais dans le giron de leur robe.

    Dans des ruelles où le soleil n’éclairait que le dessus des corporations, les marchands d’épices vendaient du haschich, et de la cardamome. Des toiles aux dessins irisés de soie, de poussière et de brique, d’or et de crasse, se dressaient en rouleaux au fond des boutiques, pendant que des femmes excitées dans des tas cherchaient la chaussure qui ferait leur paire. Sur des places aux odeurs de foin et de mouton les couseurs de matelas piquaient d’amples ballots devant des vendeurs de plomberie. Des femmes empilaient sur un mouchoir deux précieuses branches de laurier, de thym ou une poignée de maïs et de laine, pour la vente. Une fille grattait le sol, y récupérant l’un après l’autre les grains tombés, à côté de poules empilées dans des cages de bois.

    Pas loin des pyramides d’épices où que les doigts avaient décorées de sillons, il y avait des monceaux de courgettes, de tomates, de fanes longues, d’oranges ternes et larges, de carottes lourdes, de cardons  et de bettes, de citrons mis à confire et d’olives noires, rouges, vertes, brunes luisantes d’odeurs et d’herbes sur des tissus jaunes et dégoûtants. Au plafond des baraques pendaient des vautours et des gazelles desséchés, des bottes de pieds de mouton, des sacs de paille d’où dépassaient les cornes et les sabots. Et, dans un recoin, un vieillard lentement pelait un haricot.

    Dans certaines venelles des planches en bois s’enjambaient, quittant ses chaussures d’un geste habituel, pour fouler le sol de tapis rouges et ocres. Devant l’océan d’eaux lourdes et vertes, j’entendais l’appel du muezzin, et mon estomac se serrait.! اشهد ان محمد رسول الله !اشهد ان لا اله الا ال ! اشهد ان لا اله الا ال ! الله اكبر ! الله اكبر

    À l’aéroport, je retrouvais mes semblables, chargés de colifichets.

  • (Sans numérotation). - Métablog.

    Ce blog se veut être la continuité d'un blog précédent, L'Almanach du Bad, écrit en son temps sur d'autres lieux. Dans la mesure où il en est la suite, la numérotation des articles s'ensuivra donc logiquement. Il se pourra que j'y renvoie parfois, soit par évocation, soit par invocation, soit encore par lien électronique les jours de courage et de puissance. J'espère un jour pouvoir tout rapatrier sous un seul ciel, ce sera plus simple et pour un éventuel Lecteur et pour moi.

    Les objectifs - ou l'absence d'objectifs - restent les mêmes, c'est à dire peu de chose en somme. Si je m'étais fixé un plan, fut un temps, force m'est de reconnaître que je ne l'ai jamais suivi que de loin, plutôt pour le précéder et aller galoper ailleurs, bien loin, sans trop comprendre où cela me mène.

    Bien évidemment, je cèderai de nouveau à la tentation de me mettre sous le patronage du bonhomme Michel. Après tout, s'il était plus savant et plus sage que moi, du moins était-il aussi imbu :

    "La constance mesme n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis asseurer mon object. Il va trouble et chancelant, d’une yvresse naturelle. Je le prens en ce point, comme il est, en l’instant que je m’amuse à luy. Je ne peints pas l'estre. Je peints le passage : non un passage d’aage en autre, ou, comme dict le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l’heure. Je pourray tantost changer, non de fortune seulement, mais aussi d’intention. C’est un contrerolle de divers et muables accidens et d’imaginations irresolues et, quand il y eschet, contraires : soit que je sois autre moy-mesme, soit que je saisisse les subjects par autres circonstances et considerations. Tant y a que je me contredits bien à l’adventure, mais la verité, comme disoit Demades, je ne la contredy point. Si mon ame pouvoit prendre pied, je ne m’essaierois pas, je me resoudrois : elle est tousjours en apprentissage et en espreuve. Je propose une vie basse et sans lustre, c’est tout un. On attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée que à une vie de plus riche estoffe : chaque homme porte la forme entiere de l’humaine condition."

    Tout aussi évidemment : tout mon propos demeure incertain, fat, et ce blog définitivement incertain. 

  • DLXXVIII. - Métablog : fin.



    Ici s'arrête ce blog. Il se poursuivra peut-être ailleurs, mais j'arrête toute connection avec la sphère gay.

    J'ai longtemps été en addiction avec l'internet. Les chats. Même si ce n'était jamais dans mon esprit qu'une façon de passer le temps, de discuter dans la solitude parisienne. Je m'étais calmé.

    Et mardi j'ai fait une énorme connerie, dont je me mords les doigts.

    Je quitte aussi la France pour au moins quinze jours, je pense que c'est ce que j'ai de mieux à faire.

    Bye.






    L'excipit de cette époque :

    "Aussi, à cette demande posée, il y a six mille ans, par l'Ecclésiaste : "Qui a jamais pu sonder les profondeurs de l'abîme ?" deux hommes entre tous les hommes ont le droit de répondre maintenant. Le capitaine Nemo et moi."

    Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers.