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17.02.2008

DLXXIX. - 15 jours ailleurs.

J’étais dans un pays de soleil, qui caresse le visage que les femmes cachent. J’ai vu des hommes dignes et cravatés partir, le vendredi midi, leur tapis à la main. J’ai bu du café épicé, et mangé avec les mains dans des plats de viande de chameau, dont les têtes dignes au long cil athénien s’étiraient au bout d’un cou de viande suspendue au plafond des boutiques. Des bouchers, enjambant les derniers restes d’une vache éthique qu’on pouvait acheter, allaient décharner une tête de bœuf d’où le sang épais tombait pour qu’un enfant le touche du doigt et le suce.

Sur les places de terre et d’argile finissaient les ruisseaux de sang mousseux et de savon qui sortaient de baraquements. Des familles mangeaient le plat des braseros avec des oignons crus. Des vieux, repus, dormaient dans des trous du gazon, couchés sur le côté comme pour songer. L’air était de lumière, de fumée épaisse et de mouche.

J’ai travaillé pour manger, assis contre une voiture, des saucisses de foie dans un grand pain rond que le vendeur avait piqué de ses brochettes. Epais, gluant de sauce et d’oignon. J’ai grignoté des beignets de semoule, et je ne regardais pas les femmes, accotées aux escaliers, qui relevaient leur voile à mon passage d’une main sèche et brune. Leur enfant au cheveu épais dans le giron de leur robe.

Dans des ruelles où le soleil n’éclairait que le dessus des corporations, les marchands d’épices vendaient du haschich, et de la cardamome. Des toiles aux dessins irisés de soie, de poussière et de brique, d’or et de crasse, se dressaient en rouleaux au fond des boutiques, pendant que des femmes excitées dans des tas cherchaient la chaussure qui ferait leur paire. Sur des places aux odeurs de foin et de mouton les couseurs de matelas piquaient d’amples ballots devant des vendeurs de plomberie. Des femmes empilaient sur un mouchoir deux précieuses branches de laurier, de thym ou une poignée de maïs et de laine, pour la vente. Une fille grattait le sol, y récupérant l’un après l’autre les grains tombés, à côté de poules empilées dans des cages de bois.

Pas loin des pyramides d’épices où que les doigts avaient décorées de sillons, il y avait des monceaux de courgettes, de tomates, de fanes longues, d’oranges ternes et larges, de carottes lourdes, de cardons  et de bettes, de citrons mis à confire et d’olives noires, rouges, vertes, brunes luisantes d’odeurs et d’herbes sur des tissus jaunes et dégoûtants. Au plafond des baraques pendaient des vautours et des gazelles desséchés, des bottes de pieds de mouton, des sacs de paille d’où dépassaient les cornes et les sabots. Et, dans un recoin, un vieillard lentement pelait un haricot.

Dans certaines venelles des planches en bois s’enjambaient, quittant ses chaussures d’un geste habituel, pour fouler le sol de tapis rouges et ocres. Devant l’océan d’eaux lourdes et vertes, j’entendais l’appel du muezzin, et mon estomac se serrait.! اشهد ان محمد رسول الله !اشهد ان لا اله الا ال ! اشهد ان لا اله الا ال ! الله اكبر ! الله اكبر

À l’aéroport, je retrouvais mes semblables, chargés de colifichets.

Commentaires

pourquoi ai-je la sensation d'avoir déjà lu ce texte ?

Ecrit par : cyrille | 27.02.2008

Parce qu'en fin de compte il n'a rien d'exceptionnel ?

Ecrit par : Xanadu | 29.02.2008

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