Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • DLXXVI. - "Play it again, Sam, play As Time Goes By."



    Pour la première fois, j'ai travaillé le ouiquennede. En caleçon, grelottant dans l'appart pas très chauffé, les pieds serrés sur le plancher pendant que la couette bougeait derrière moi. De la fenêtre, on voit la tour Eiffel.

    Plus tard retourné sous la couette : pour se serrer au réveil. Il me plaît.

    Tout à l'heure je m'envole en catastrophe pour Casablanca. Etrangement, je n'ai pas trop envie de quitter Paris cette fois. J'espère que j'aurai toujours Paris.







  • DLXXV. - Gangster ?



    On découvre aujourd'hui partout la catastrophe boursière à laquelle doit faire face la Société Générale. Dans les limites de ce que l'on peut lire dans la presse publique, et de ce dont je peux donc parler, disons que...

    Jérôme Kerviel, le trader accusé d'avoir fait perdre 4.9 milliards d'euros à la Sogé était selon Daniel Bouton, président de la Sogé, quelqu'un d'extrêmement compétent : "Il y a deux livres : le livre Société générale officiel dans lequel il passe des opérations pour des montants qui n'appellent pas l'attention particulièrement, parce que dans le même temps il passe (...) d'autres opérations qui annulent la première position. Les opérations passées pour dissimuler sont fictives et il a l'extraordinaire talent de les déplacer au fur et à mesure des contrôles, car il connaît le calendrier des contrôles." (conférence de presse du 24/01/2008 - source : Le Monde.fr).

    C'est même quelqu'un de complètement démoniaque, capable de dissimuler des traitements sur plusieurs milliards d'euros (pour qu'il perde 4.9 milliards d'euros, il faut que les sommes investies soient de plusieurs dizaines de milliards d'euros) : dans son communiqué aux actionnaires, D. Bouton clame qu'il savait utiliser des "techniques extrêmement sophistiquées et variées."

    Un truc sophistiqué, pour un trader, j'ose même pas imaginer quelle cochonceté c'était. Surtout qu'on apprend sur Le Monde.fr que ce brave monsieur intervenait sur des plain vanilla.

    Moi ça me fait hurler de rire. Les plain vanilla, c'est la base de la finance. On apprend ça dès la première année quand on suit des cours sur le trading. Pour mémoire : les puts, les calls, et autres trucs commac. Même Bibi après toutes ces années à ne pas faire mumuse avec les browniens il se souvient comment ça fonctionne.

    Bon, ça fait peur ?

    'ttendez, 'tendez.

    Selon la DRH du Groupe, M. Kerviel était "un être fragile", "sans génie particulier". La preuve ? Il touchait, primes comprises, dans les 100k€ par an, ce qui n'est pas grand'chose pour un trader de trente piges.

    Et cette machiavélique médiocrité a quasi ruiné un des premiers opérateurs mondiaux (et mon banquier au passage) : le compte de résultat 2007 se prend une pomme directe de cinq milliards d'euros (sachant que c'est le résultat 2006...).

    'videmment, les fondamentaux sont robustes, ragnagna, ragnagna : il était impensable qu'on communiquât autre chose - même si les agences de cotation ont passé la Sogé à un bête AA-. L'appel de capital de 5.5 milliards veut compenser la perte - et du coup la Sogé se met à la disposition d'une bonne vieille OPA de derrière les pâquerettes. Y'a une BNP qui lorgnait dessus il y a peu, et je sens qu'un bon vieux fonds d'investissement asiatique...

    Le conseil de tonton Bad : achetez des actions Sogé la semaine prochaine, une fois que la cote aura perdu dans les 10% , et revendez lors de l'OPA (ou de la reprise du cours). J'dis ça, hein, j'dis rien.

    Le trader ? Ah, oui, le trader. Sorti qu'il est en cavale et qu'il vient d'exploser sa vie professionnelle, moi tout ce que je peux en dire c'est qu'il montre le succès de la réforme Bâle II. Encore heureux que les assureurs vont passer à Solvency II sous peu : à mon tour je pourrai claquer les millions !

  • DLXXIV. - Au matin.



    i. N'avoir vu que d'un oeil le début du Parrain.

    ii. Chercher des trucs sur la fonction PROBNORM de SAS sur internet au petit matin, car on n'a pas en journée accès au réseau quand on creuse un trou pour dévaliser une banque. Dur, la vie de gangster.

    iii. Envisager de me mettre du coton dans mes joues et parler avec une voix faible, éraillée.

    iv. Partir sans faire trop de bruit. Chut : il dort.

  • DLXXIII. - Signé Furax !



    Je découvre tout juste cette émission de 1951... et j'accroche !

    Ou comment sous les voix de Francis Blanche et Pierre Dac, un mystérieux gangster se met à voler l'obélisque de la Concorde... le lion de Belfort... la place Leczinski !!!






    Pour cette raison, je vous parlerai une autre fois de ce qu'il advint d'une framboise et de mon nez, au lit.

  • DLXXII. - Ma vie à Gangstertown.



    Avec le gang, on a repéré un coffiot à fort Monjol. C'est pas loin, le long de la rue. Non qu'on veuille s'offrir la rue des Morillons, quoi qu'il paraît qu'il y a un marché intéressant côté recel. Nini-Trois-Paluches en tout cas serait preneur, toute la question serait de pouvoir détourner le Pandore qui somnole à l'entrée pendant qu'un asticot quelconque irait s'esbrouffer les paluches dans les rayons.

    Bref, on s'est dit qu'on allait faire dans le classique, le grand philharmonique à gomina. C'est toujours dans les vieux paniers à salade qu'on fait les meilleurs gangs, alors depuis que Momo-le-Dératé était sorti en un morceau de la Roquette sans passer par la case Deibler je m'étais promis de faire dans la grande tradition du Comique. Pas de l'Opéra-bouffe, non, non, un bon souterrain qu'eul Gaston Leroux il aurait pas rêvé mieux pour y faire traîner son coupe-sifflet.

    Tous les matins après la session tracassin, je prends le 62, direction Morillons. Histoire surtout de larguer les branques qui me pistent depuis un temps. Mine de rien, au marché de Convention, je me la joue comme Robespierre en 93 : je me taille. Ni une, ni deux, hop on saute de l'omnibus, juste derrière le caisson de Barbe-la-Poisseuse, celle qui tue le chaland avec son poiscaille en direct du Havre par la case Tombouctou. Côté poque, ça change pas de quand elle était en état de gruanderie.

    J'enfonce mon bloum, le beau du dimanche que j'ai chopé sur une roulante à refroidis qu'allait jouer un dernier bastringue à Charonne, je savoure un petit chasseur de brouillard à l'angle et zou derrière le comptoir Nestor. Faut soulever la trappe discrétos, pas facile-facile, mais avec un peu d'usage on parvient toujours à entrer dans le tunnel.

    On y creuse un bon temps, avec Momo et Volfoni. C'est un boulot de rossard mais ça vaut autre chose que de la roupie de sansonnet. Trois mois qu'on est dessus, enfin, dessous : on a creusé de quoi fossoyer toutes les catacombes et les endormis de l'Assemblée au passage, sans compter les bande-à-l'aise du Président de la République.

    Un bon gros tunnel, direction : la banque. C'est pas la boulange aux faffes, mais quand les bibis vont pleurer du plafond on crachera pas sur le grisbi. Des sacs plein les sacs, et je me mettrai au vert sans avoir besoin de Grenelle.

    Pourtant je me demande si je fais bien m'associer avec ces deux zigues. À midi, en nous enfilant un petit galopin chez Eugène, je les entendais se vanter d'être bourrés. Bourrés ici, bourrés là, avec autant de bourrelets ils vont finir par jacter... ou me faire en plein turbin un nervous breakdown comme on dit de nos jours.

    Va falloir que je songe à me séparer de leurs services. Après tout, le trou est déjà creusé.







  • DLXXI. - Et l'on criera haro sur le baudet !



    Après une longue étude en repassant, et une écoute attentive pour une fois, je me demande encore pourquoi Sylvie Joly fait l'objet de tant de vénération comminatoire.

    Pourtant, j'en ai repassé, des chemises.

  • DLXX. - Liste de lecture(s).



    i. Histoire de l'art, de Sir Ernst H. Gombrich. Il se trouve que je me trouvais en un lieu où l'on trouve des livres, figurez-vous. Il m'arrive d'être alors un vrai petit con : je passe devant une pile, j'aperçois à peine la tranche du carton, je tends le bras tout marchant et je continue, ma pile augmentée. Ce livre-là, hébergeant son papier bible, m'attendait au bout d'un escalier, et je le pris en passant, sans à peine y penser. Il parlait d'art, ça me plaisait sur le moment, et voilà.

    Quelques mois plus tard, dans un moment où j'allais dévaliser les banques lusitaniennes (je ne fais plus de casses en Espagne : les ibères y sont trop rudes), je cherchais de quoi passer pour un gangster inoffensif dans les palaces vingt étoiles où je sirote mes Martini aune zeu roque. Je pris donc mon Gombrich dans la pile. Mon car il allait vraiment devenir le mien. J'ai toujours été très possessif pour mes livres, mais celui-ci fait partie de ceux qu'il ne faut surtout pas abîmer. Je l'ai lu partout - dans mon lit, dans le taxi, penché sur mon étui à violon (celui à mitraillette, avec le réservoir à Porto dans le manche), à six kilomètres d'altitude et lors des atterrissages, lorsqu'on n'y voit plus rien à moins de se coller contre le hublot et de quêter un peu de lumière de la nuit aux derniers astres rampants.

    C'est un livre bête et simple. Tout ce qui fait plaisir lorsqu'on a besoin d'un bon peu de vulgarisation, et de se remettre les idées en place. Surtout lorsque, comme moi, la seule culture que l'on a est celle de l'autodidacte, le type malsain qui s'est tapé des musées sans toujours arriver à voir les grands axes, les longs souffles puissants qui traversent l'échine de l'Histoire - même lorsqu'elle dort.

    Je ne vais pas dire que Gombrich m'a fait aimer Poussin - ou apprécier vraiment, totalement, Raphaël (sorti du Baldassare de Castiglione, qui est au Louvre et reste pour moi un de mes grands moments babas à regarder quelque chose de magnifique et à ne plus savoir quoi dire). Il m'a permis de comprendre un peu mieux les grandes tendances - de parvenir à associer des formes et, il faut l'avouer, à resituer pas mal de peintres, que je plaçais à de mauvaises époques.

    Encore : découvrir des peintures de toute beauté. Par exemple, cette Ouverture du cinquième Sceau du Gréco, qui est à New York je crois.

    Ou : flatter mon orgueil, car j'ai retrouvé sous la plume de Gombrich nombre de peintres que j'avais rencontrés lors de mes villégiatures, et qui me sont chers. Caravage, Franz Hals... Rembrandt, David, Goya.

    Ou : lire ensuite M. Daniel von Broc s'esclaffer one ze ouèbe again "Gombrich ? Mais c'est une référence !"

    Mais surtout apprécier l'immense humilité de cet homme.


    ii. Harry Potter et les reliques de la mort, de Joanne Kathleen Rowling. Oui, il le fallait bien finir, ce cycle. Avec mon retard habituel, mais un peu moins que d'habitude, ce qui me permet avec certitude et un peu de bagout de briller en ville, écrasant d'un revers de main méprisant tous les doutes de mes contradicteurs, sachant pertinemment moi-même que je ne me souviens plus qui de Harry ou de Ron en fin de compte...

    Seule chose à dire : un peu verbeux. Surtout la fin, où les longues dissertations du héros avec les mânes de Dumbledore et l'ultime combat avec le méchant.

    Seule chose à confesser : le vrai héros, en fait, de toute cette saga, c'est Rogue. C'est le seul humain.


    iii. La Forêt des renards pendus, d'Arto Paasilinnaa. Comme quoi ça sert de lire le Canard : on y découvre aussi des écrivains. C'est l'histoire d'un gangster finlandais (ah, tiens, un gangster !) qui a fait un casse il y a quelques années de ça, et vit de ses rentes. Sauf que... sauf que ses associés sortent de prison, notamment un ancien employé de commerce, qui a le goût du sang dans la bouche. C'est ainsi que commence le voyage de Rafael Juntunen quelque part prêt du cercle polaire, pas loin de renards qui pissent un peu partout, de quelques kilos d'or, d'un major en congé sabbatique pour cause d'alcoolisme et d'une Lapone nonagénaire qui ne veut pas aller à l'asile.

    Ce sont des histoires de renards qui s'appellent Cinq-cent-balles, de putes qu'on envoie s'exhiber le popotin en dentelles dans des cabanons, de vieilles qui sont toutes heureuses de sortir du sauna en peignoir, de saules qui claquent en tuant des ours et de hurlements de chasseurs d'or qui tombent de sapins qu'on scie.

    Simplement : à lire.


    iv. La Vie devant soi, de Romain Gary. Pour la partie péteuse et de circonstance sur Emile Ajar, je vous renvoie à Wikipédia. Encore de ces livres que l'on prend sans y penser, juste en tendant la main, passant les bras chargés. Qu'on se met à lire parce qu'il fera bien le ouiquennede et un trajet de métro en complément.

    Et qu'on lit en riant, avec un plaisir gourmand. C'est l'histoire d'amour entre Momo, un garçon de dix ans qui en revient pas de vieillir de quatre ans brusquement (mais c'est toujours ça de gagné : la vie, c'est pas facile), et qui vit chez Madame Rosa. Madame Rosa, c'est une grosse Juive tellement énorme que c'est pas possible, même lorsqu'elle porte une perruque rousse pour cause de féminité, et qui tient un clandé pour enfants de putes. Les jours où c'est la catastrophe nationale, que les voisins lui font une vie pas possible ou qu'elle pense à des choses tristes, comme les foyers juifs où ce que les Allemands ils avaient emmené Madame Rosa durant la guerre, elle sort de sous son lit le portrait de Monsieur Hitler, et rien qu'à le voir ça lui fait un grand bien pas possible.

    C'est qu'il s'en passe des choses à Belleville, surtout lorsqu'il y a plein d'étrangers : c'est pas comme de l'autre côté de la Butte, là où ce qu'il y a des Français. Ici, il y a Monsieur N'Da Amédée, celui qui possède les meilleurs cent mètres de trottoirs, un maquereau qu'on appelle aussi proxynète. Et Monsieur Zaoum l'aîné, et Monsieur Waloumba, qui aident à porter Madame Rosa à monter ses six étages avec tout ses kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes. Ces six étages, c'était une vraie source de vie quotidienne, à Madame Rosa...






    Ceci étant, Lecteur :

    Je ne parlerai pas de ma vie privée dans cet almanach, si ce n'est pour narrer ceci : mon caprice samedi pour trouver des marrons chauds, lorsque j'ai eu marre de courir les soldes après au moins une trentaine de minutes éprouvantes à valdinguer de magasin en échoppe.

    Et mon grand sourire d'enfant, mains brûlées et noircies, bouche ouverte aspirant l'air, plus tard vers Notre-Dame. Je ne souriais pas seul.

  • DLXIX. - Heureux ?



    Heu-reux !

  • DLXVIII. - En courant, en se couchant.



    Je suis de moins en moins présent sur le net ; ce n'est pas un mal. J'ai une pléthore de courriers en retard mais après tout je pense que ce n'est pas si grave que cela. Non que j'ai une vie fantastique ailleurs, mais ailleurs on peut aussi vivre.

    Et plutôt bien.

    Sans vous détailler pourquoi je fanfaronnerais en quelque façon que 2007 s'est achevée en feu d'artifice, et que j'aimerais beaucoup que 2008 se poursuive comme jusqu'à présent, Lecteur, je botterais en touche en vous disant qu'hier j'ai mangé du renne pêché avec les dents sur les Champs-Elysées (*).

    Je suis crevé, je me lève demain encore à 4h20, mais peu me chaud. Nous sommes gouvernés par un peloton de ministres qui se la jouent directeurs de boîtes d'assurances et représentés par des Ray-Ban bling-bling qui nous offriront une éjac' faciale en gros plan sur Closer pour la prochaine grève, mais en fait je me dis qu'il y a des choses plus impressionnantes que la bêtise pour occuper ma vie.

    Aussi je vous enlace juste, Lecteur.


    (*) Mangé sur les Champs-Elysées, pas un renne pêché sur les Champs, hein, quoi qu'on y trouve suffisamment de fourrure au mètre carré pour refaire toutes les toges d'hermine des présidents de tribunaux divers si bien rognés par Dati-la-Dior.






    La citation de Sire Constance :

    "L'âpreté de l'hiver est vaincue par le doux retour du printemps." (Horace, Odes, I, 4.)

  • DLXVII. - Frangipane, curry, vin, cidre, Mulan, Louvre.



    Se réveiller heureux dans la chaleur d'un lit. Se lever sur un parquet qui grince, marcher jusqu'à l'évier, prendre un verre, collé contre un frigo qui ronronne.

    Retourner sous la couverture, prenant au passage un livre de Calvino sur la cheminée. Allumer la lampe, sans faire trop de bruit.

    Lire sur le côté, contre une respiration.

  • DLXVI. - "Ah ! baise-moi des baisers de ta bouche !"


    C'est sur cette photo de nos terres qu'a prise ma Maman que je vous souhaite...



    Et de toute manière, moi je dis que c'est très bien parti.