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14.01.2008

DLXX. - Liste de lecture(s).



i. Histoire de l'art, de Sir Ernst H. Gombrich. Il se trouve que je me trouvais en un lieu où l'on trouve des livres, figurez-vous. Il m'arrive d'être alors un vrai petit con : je passe devant une pile, j'aperçois à peine la tranche du carton, je tends le bras tout marchant et je continue, ma pile augmentée. Ce livre-là, hébergeant son papier bible, m'attendait au bout d'un escalier, et je le pris en passant, sans à peine y penser. Il parlait d'art, ça me plaisait sur le moment, et voilà.

Quelques mois plus tard, dans un moment où j'allais dévaliser les banques lusitaniennes (je ne fais plus de casses en Espagne : les ibères y sont trop rudes), je cherchais de quoi passer pour un gangster inoffensif dans les palaces vingt étoiles où je sirote mes Martini aune zeu roque. Je pris donc mon Gombrich dans la pile. Mon car il allait vraiment devenir le mien. J'ai toujours été très possessif pour mes livres, mais celui-ci fait partie de ceux qu'il ne faut surtout pas abîmer. Je l'ai lu partout - dans mon lit, dans le taxi, penché sur mon étui à violon (celui à mitraillette, avec le réservoir à Porto dans le manche), à six kilomètres d'altitude et lors des atterrissages, lorsqu'on n'y voit plus rien à moins de se coller contre le hublot et de quêter un peu de lumière de la nuit aux derniers astres rampants.

C'est un livre bête et simple. Tout ce qui fait plaisir lorsqu'on a besoin d'un bon peu de vulgarisation, et de se remettre les idées en place. Surtout lorsque, comme moi, la seule culture que l'on a est celle de l'autodidacte, le type malsain qui s'est tapé des musées sans toujours arriver à voir les grands axes, les longs souffles puissants qui traversent l'échine de l'Histoire - même lorsqu'elle dort.

Je ne vais pas dire que Gombrich m'a fait aimer Poussin - ou apprécier vraiment, totalement, Raphaël (sorti du Baldassare de Castiglione, qui est au Louvre et reste pour moi un de mes grands moments babas à regarder quelque chose de magnifique et à ne plus savoir quoi dire). Il m'a permis de comprendre un peu mieux les grandes tendances - de parvenir à associer des formes et, il faut l'avouer, à resituer pas mal de peintres, que je plaçais à de mauvaises époques.

Encore : découvrir des peintures de toute beauté. Par exemple, cette Ouverture du cinquième Sceau du Gréco, qui est à New York je crois.

Ou : flatter mon orgueil, car j'ai retrouvé sous la plume de Gombrich nombre de peintres que j'avais rencontrés lors de mes villégiatures, et qui me sont chers. Caravage, Franz Hals... Rembrandt, David, Goya.

Ou : lire ensuite M. Daniel von Broc s'esclaffer one ze ouèbe again "Gombrich ? Mais c'est une référence !"

Mais surtout apprécier l'immense humilité de cet homme.


ii. Harry Potter et les reliques de la mort, de Joanne Kathleen Rowling. Oui, il le fallait bien finir, ce cycle. Avec mon retard habituel, mais un peu moins que d'habitude, ce qui me permet avec certitude et un peu de bagout de briller en ville, écrasant d'un revers de main méprisant tous les doutes de mes contradicteurs, sachant pertinemment moi-même que je ne me souviens plus qui de Harry ou de Ron en fin de compte...

Seule chose à dire : un peu verbeux. Surtout la fin, où les longues dissertations du héros avec les mânes de Dumbledore et l'ultime combat avec le méchant.

Seule chose à confesser : le vrai héros, en fait, de toute cette saga, c'est Rogue. C'est le seul humain.


iii. La Forêt des renards pendus, d'Arto Paasilinnaa. Comme quoi ça sert de lire le Canard : on y découvre aussi des écrivains. C'est l'histoire d'un gangster finlandais (ah, tiens, un gangster !) qui a fait un casse il y a quelques années de ça, et vit de ses rentes. Sauf que... sauf que ses associés sortent de prison, notamment un ancien employé de commerce, qui a le goût du sang dans la bouche. C'est ainsi que commence le voyage de Rafael Juntunen quelque part prêt du cercle polaire, pas loin de renards qui pissent un peu partout, de quelques kilos d'or, d'un major en congé sabbatique pour cause d'alcoolisme et d'une Lapone nonagénaire qui ne veut pas aller à l'asile.

Ce sont des histoires de renards qui s'appellent Cinq-cent-balles, de putes qu'on envoie s'exhiber le popotin en dentelles dans des cabanons, de vieilles qui sont toutes heureuses de sortir du sauna en peignoir, de saules qui claquent en tuant des ours et de hurlements de chasseurs d'or qui tombent de sapins qu'on scie.

Simplement : à lire.


iv. La Vie devant soi, de Romain Gary. Pour la partie péteuse et de circonstance sur Emile Ajar, je vous renvoie à Wikipédia. Encore de ces livres que l'on prend sans y penser, juste en tendant la main, passant les bras chargés. Qu'on se met à lire parce qu'il fera bien le ouiquennede et un trajet de métro en complément.

Et qu'on lit en riant, avec un plaisir gourmand. C'est l'histoire d'amour entre Momo, un garçon de dix ans qui en revient pas de vieillir de quatre ans brusquement (mais c'est toujours ça de gagné : la vie, c'est pas facile), et qui vit chez Madame Rosa. Madame Rosa, c'est une grosse Juive tellement énorme que c'est pas possible, même lorsqu'elle porte une perruque rousse pour cause de féminité, et qui tient un clandé pour enfants de putes. Les jours où c'est la catastrophe nationale, que les voisins lui font une vie pas possible ou qu'elle pense à des choses tristes, comme les foyers juifs où ce que les Allemands ils avaient emmené Madame Rosa durant la guerre, elle sort de sous son lit le portrait de Monsieur Hitler, et rien qu'à le voir ça lui fait un grand bien pas possible.

C'est qu'il s'en passe des choses à Belleville, surtout lorsqu'il y a plein d'étrangers : c'est pas comme de l'autre côté de la Butte, là où ce qu'il y a des Français. Ici, il y a Monsieur N'Da Amédée, celui qui possède les meilleurs cent mètres de trottoirs, un maquereau qu'on appelle aussi proxynète. Et Monsieur Zaoum l'aîné, et Monsieur Waloumba, qui aident à porter Madame Rosa à monter ses six étages avec tout ses kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes. Ces six étages, c'était une vraie source de vie quotidienne, à Madame Rosa...






Ceci étant, Lecteur :

Je ne parlerai pas de ma vie privée dans cet almanach, si ce n'est pour narrer ceci : mon caprice samedi pour trouver des marrons chauds, lorsque j'ai eu marre de courir les soldes après au moins une trentaine de minutes éprouvantes à valdinguer de magasin en échoppe.

Et mon grand sourire d'enfant, mains brûlées et noircies, bouche ouverte aspirant l'air, plus tard vers Notre-Dame. Je ne souriais pas seul.

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