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  • DXLII. - Eté 67 le 10 novembre à la Flèche d'Or.



    Je fais à peine de la pube pour mes Liégeois préférés...



    P.S. : Mistress Delphine m'ayant fait une scène, ce sera le festival des Inrocks, Gossip et Yelle à place. C'est vrai que j'ai déjà vu deux fois Eté 67, fanitude oblige.


  • DXLI. - Ca commence à bien faire.



    Trois jours que je suis coincé à la maison pour cause d'angine. Ras la casquette. Deux nuits à transpirer suffisamment pour refaire verdir tout le Sahel et le désert de Gobie en promo, une autre avec des crampes et un mal de ventre à faire croire que j'ai passé la nuit avec la Guerre et la Famine à chevaucher les canassons de l'Apocalypse.

    Deux jours vaseux pas loin du Kentucky (c'est un Etat proche de l'Ohio). Hier j'ai voulu faire le malin et bosser à la maison plutôt qu'à roupiller. Résultat, la note est partie plus que dans les temps mais le soir j'étais totalement rétamé avec des amygdales qu'on aurait dit Charles Pasqua et Jean-Marie Le Pen en train de tailler le bout de gras.

    Ce matin ce pauvre Jean-Christophe de médecin en a tiré une tronche en me revoyant dans son cabinet. Deux fois en deux jours, j'ai fait exploser les stats de la Sécu. Bon, on a vaguement papoté pour la forme. Du coup j'ai appris qu'il avait des amis dans le même milieu de gangsters que celui que je fréquente - et je suis de plus en plus persuadé que mon médecin est... bah, qu'importe.

    Demain, la bête est de retour. Ca va chier.






    Sinon, en cette époque où le réseau sautille par manque de grosses centrales thermonucléaires pour produire de l'électricité, je voudrais mettre en avant cette idée géniale de D. Waizmann : l'IP over Avian Carriers .

    En effet, à condition de tolérer le temps de latence en échange de cette très haute bande passante par rapport aux moyens de transferts traditionnels, cette technologie moderne permettrait de refonder intégralement notre relation au réseau : sur une distance de plus de 50km un IP oAC peut emporter plus de 50Go de données en environ une heure de temps, ce qui est bien plus rapide qu'une connexion ADSL... mais y'a des risques de pertes de données !

  • DXL. - "To-morrow is Saint Crispian."



    Cette année, pour les quelques minutes qui me restent de ce côté-ci de la barrière, je vais vous éviter (une fois n'est pas coutume), le discours de la Saint-Crépin.

    De toute manière, je suis né à minuit, hein, alors le 24 ou le 25, on va pas chipoter. Merci pour vos encouragements.

    Merde. 28 balais.

  • DXXXIX. - Deci, delà, chroniques d'un dimanche d'octobre.



    - 1 -

    Aux Tuileries, la FIAC















    - 2 -

    Maman, les p'tits bateaux...













    - 3 -

    En poursuivant la balade...















    - 4 -

    Bêtises diverses








  • DXXXVIII. - Liste de lecture.



    Si vous pensiez pouvoir couper à la traditionnelle (?) liste de lectures, vous vous titillâtes l'iris avec l'ongle voire plus si affinités, non mais oh hein bon, et vous pourriez vous enfoncer le bras jusqu'au coude dans la cornée que ça ne m'émouvrait plus.

    i. La Huitième fille, de Terry Pratchett. Je poursuis mon exploration du Disque-Monde, et comme les deux premiers tomes ça se dévore et ça fait rire. Ce qui n'est pas rien. Les descriptions des aventures de Mémé Ciredutemps et de sa rencontre avec le mage Biseauté valent leur pesant de cahouètes. Je crois que ce que j'apprécie le plus chez Pratchett, ce ne sont pas tant ses histoires, que ses perpétuelles disgressions, ses parenthèses, ses incises...

    "Dans un bruit de succion, il gravit les marches qu'illumina un éclair particulièrement impressionnant. Il avait la froide certitude que tout le monde allait le rendre responsable, alors qu'évidemment il n'y était pour rien. Il saisit le bord de sa robe et l'essora piteusement, puis sorti sa blague de tabac.

    C'était une belle blague verte étanche. Entendez par là que toute l'eau entrée ne pouvait plus en ressortir.
    "



    ii. Oblomov, d'Ivan Alexandrovitch Gontcharov. Oblomov est l'homme couché... quelque chose entre la larve et l'impossible existance de la station debout. La première partie est un morceau de bravoure de quelques centaines de pages, durant lesquelles Illia Illitch ne parvient pas à se lever - faut dire que son valet, Zakhar, ne l'aide en rien. Le reste, les perpétuelles hésitations d'un être qui se demande si rester larvaire, malade, couché, enfermé loin du monde ne serait pas, en fin de compte, plus simple.

    Il ya chez Oblomov quelque chose qui le rapproche du Bartleby de Melville. Une certaine forme de dépression ?

    Accessoirement, ce qui me fait déjà doucement sourire, c'est que Oblomov est au programme des écoles de commerce cette année (si, si, ils ont un sujet original de la mort qui tue pour des épiciers : l'Action...), et que du coup plein de gogolisants vont débarquer sur ma page pour m'y trouver au lieu de réfléchir à leur disserte.

    "- Il faudrait pourtant sortir de ce marasme.

    - J'ai essayé, mais je n'y suis pas parvenu... Alors maintenant, je n'essaye plus, à quoi bon ? Rien ne m'appelle, mon âme n'aspire à rien, mon esprit dort, conclut-il, une légère amertume dans la voix.
    "



    iii. Ground XO, de Hannelore Cayre. Il faut parfois oser faire confiance au Canard. Les dernières lectures qui lui sont dues ont été appréciables. Celle-ci l'est aussi. Christophe Leibowitz est un avocat désastreux et parisien, qui tient une officine de deux bureaux pour quarante confrères. Sa vie est un désastre, et il veut (encore) raccrocher la robe. Sauf que voilà, il vient d'hériter de parts dans un domaine de Cognac.

    Il lui vient l'idée calamiteuse de renouveler la pube de sa marque en surfant sur la vague des râpeurs, du hip-hop et de la cocaïne. Tant qu'à faire, s'il peut piocher dans son carnet d'adresses au pays des dealers, c'est toujours ça de pris.

    C'est très bon, ça se dévore, et le seul soupçon que l'on peut avoir, c'est que Hannelore Cayre est, en plus du talent, lu Jean-Bernard Pouy.

    "J'avais téléchargé à Paris une sélection de clips d'artistes gangstas assez différents les uns des autres. Il y avait du rap de la côte Est avec Jay-Z, Notorious BIG, P. Diddy ou 50 Cent, du rap californien classique style Xzibit, The Game ou Snoop Doggy Dogg. Il y avait aussi du crunk, le hard du rap : un bruit tonitruant de basses sur lequel un possédé répondant au nom de Lil Jon scandait des textes pornographiques, homophobes ou violents.

    À supposer que cela fût encore possible, ce rappeur sudiste était parvenu à repousser encore plus loin les limites de la vulgarité. Il ne se produisait jamais sans sa coupe à cognac sertie de quatre-vingt-sept diamants, confectionnée par The Glass Lady of Atlanta, et son bling-bling, un pendentif de la taille d'une poêle à frire sur lequel apparaissait, pavée de diamants, la phrase "
    Crunk ain't dead" !"

  • DXXXVII. - Baby, ten points. Bad, zero. Advantage : Baby.



    i. Un monstre a débarqué chez moi à l'aube, alors que j'étais pas encore rasé.

    ii. C'est fatigant à gérer, un bébé : ça pousse, ça crie, ça chouine, ça rouspète et ça prend plein de place. Quelle idée j'ai eu de bien vouloir le garder pour la journée, hein, je vous jure ?

    iii. Du coup pour l'occuper je lui ai appris à faire de la confiture de pomme, de thé et de cannelle. Je lui ai pas montré quand j'ai mis la lichette de calva, c'est dangereux, il pourrait confondre avec la bouteille de Porto et ce serait la Kataströpheu.

    iv. N'empêche : faites découper des pommes par un bébé. Non seulement vous passerez un temps assez appréciable à vérifier qu'il ne jette pas les débris un peu partout, mais en plus vous devrez éviter qu'il aille trifouiller du couteau économe dans votre pile de pommes.

    v. M'enfin - il était mimi avec son tablier trois fois trop grand et pas noué. Je me suis surpris à être attendri.

    vi. Pour éviter qu'il ait envie de jouer au baigneur dans la cocotte bouillante de sucre, je lui ai fait des crèpes. Avec de la confiture de lait.

    vii. Ca va, il a réussi à n'en louper que 50% lorsqu'il a voulu jouer au natif de Liège. La Belgerie a peut-être pas de gouvernement mais elle a peu de souci à se faire encore.

    viii. Remarque, c'est sympa, les crèpes format dentelle d'Arras : ça permet à la confiture de couler plus facilement.

    ix. Je suis de mauvaise foi : c'est un faux méchant, ce môme. Pendant qu'on écoutait l'émission de Jean-Pierre Coffe sur les viennoisseries et le beurre non congelé, il s'est blotti dans mes bras. Il frissonnait un peu, il avait froid. Alors je lui ai mis un plaid. J'étais un peu chose.

    x. Ce qui fait qu'on n'a pas regardé Mary Poppins. Trop dommage. Je ne l'ai jamais vu qu'une dizaine de fois, bambin.

    Groumpf. Ca va m'arracher les tripes de dire ça, mais je l'aime bien, ce môme.

  • DXXXVI. - En télétravaillant, en pestant.



    Pas facile, facile, de bosser chez soi. Surtout à cause du silence. On travaille beaucoup plus - soudain on s'aperçoit qu'on a terriblement fait alors que c'est déjà le milieu de l'après-midi. On se surprend à manger du vietnamien, le nez dans l'écran, chose qu'on n'aurait jamais faite jusqu'à présent.

    On bataille aussi pas mal avec la connexion 56k du portabeul, mais faut faire avec. Il a pas apprécié quand j'ai tenté de lui coller la fiche adéhèsselle, le sagouin. C'est terrible, le 56k, quand il faut se connecter au réseau, tripatouiller l'intranet, rendre ses fiches de temps. J'angoisse un peu, là. J'ai bataillé avec un truc, il m'a eu à l'usure, mais la guerre n'est pas finie : faut que je le bute d'ici samedi.

    Je vous jure, Lecteur, avec les mêmes horaires, bosser à la maison est autrement plus éprouvant. On devrait foutre tout ces faignants de chômeurs chez eux à bosser, vous verrez que la Frônce elle se redresserait pour marcher fièrement là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied, n'ayant plus assez de ses deux yeux pour pleurer lorsqu'elle lance un regard bourrelé de remords en arrière vers les évènements sordides de la veille d'aujourd'hui et vous ne pouvez imaginer, en particulier, combien ce souvenir est amer aux mères... (*)

    Demain sera un autre jour... enfin, selon les prédictions de la Rateupeu, je suis parti pour faire comme aujourd'hui sur ma table de salon. Quelqu'un a du marc de café ?

    En attendant, après y'a le ouiquennede, et le ouiquennede sent déjà les couleurs et illumine de pomme, de thé et de cannelle. J'dis ça, j'dis rien.



    (*) Merci, Greg, pour ce discours dans un Spirou...

  • DXXXV. - En dînant, en télétravaillant (Laocoon et Laconie).



    Laconie : Reviens de dîner. Ca m'a fait beaucoup de plaisir. Malgré ma fatigue. Dommage que ce n'ait pas duré plus longtemps.

    Laocoon : Demain, je me battrais avec les fils de l'ordinateur à la maison. Découverte du télétravail.

  • DXXXIV. - En rentrant, en portant.



    Ce soir, pour le coup, je crois que j'aurais bien aimé avoir un bébé quelconque à la maison. Juste pour me retrouver avec lui, rentrant un peu affolé, portable sur l'épaule et plein d'acronymes dans la tête.

    J'aurais été prêt à tout pour ça : même à un blond ou à un de ces gars du Nord qui ont dans leurs yeux le bleu qu'ils n'ont pas dehors. J'aurais même souscris, que m'importe le bien de l'économie nationale en fin de compte, au danger polonais.

    Tant pis. Je vais planter une bougie dans un pain au chocolat et boire une soupe devant un film, une fois les papiers rangés.

  • DXXXIII. - En fin de compte.



    J'en mène pas large, là.

    Pipi dans les chaussettes.

  • DXXXII. - En huilant, en térébenthinant.



    i. Hier, j'ai vu mon premier match de rugby. Les règles avaient beau avoir été lues sur Wiki, je n'y ai rien entravé. Les spécialistes autour de moi disaient que c'était un match un peu décevant : c'est vrai que j'avais l'impression que les joueurs s'occupaient à faire des tas les uns sur les autres, puis à dégager la baballe au pied.

    ii. Fascination cependant devant ces masses brutes de force et de chair. Il y a comme de l'élégance devant ces corps taurins qui se jettent les uns sur les autres, tournent sur eux-mêmes, tombent et se relèvent d'un geste.

    iii. Pendant un temps je me suis dit que le rugby pourrait me convenir comme sport. Puis je me suis rappelé que je porte des lunettes, et que je ne retiens jamais toutes les règles.



    iv. Plus tard, en discutant, on s'est mis à parler de notre école - de son devenir. Perso, je crois que cela m'indiffère, tant que cela ne touche pas ma propre carrière (ce qui reste paradoxal). À un moment, B*** s'est énervé : "T'as pas les chaussures qui te gênent avec les chevilles que tu as ? Tu diras quand tu auras fini de toujours considérer qu'il y a que toi qui fait tout bien. Un peu de modestie, des fois, ça te ferait du bien !""

    v. Je crois qu'il a raison. Depuis quelques temps je deviens trop sûr de moi, trop imbu. Et je dénigre trop systématiquement. Il faut que je me surveille.

    vi. J'ai dormi un peu plus de douze heures d'affilée. Je me sentais malade, vaseux, fiévreux. Epais et gluant.

    vii. Passé l'après-midi à peindre. Je suis en train de perdre le feu sacré de la semaine passée. Tout ce que je suis parvenu à faire, c'est me mettre du rouge sur les lèvres.



    viii. Je crois que je commence à m'inquiéter pour demain. Un peu comme, enfant, pour la rentrée des classes. C'est à ce genre d'instant que je ressens plus que jamais combien la fuite du temps est irrésistible.






    L'incipit à la mode du jour :

    "La plupart des mortels, Paulinus, accusent l'avarice de la nature, qui nous fait naître pour si peu d'années, qui nous donne à parcourir un espace où nos jours fuient si tôt, si vite, qu'à l'exception d'un très petit nombre, tous les hommes se voient délaissés par la vie, au moment même où ils s'apprêtent à vivre."

  • DXXXI. - Sorties de la semaine.



    - 1 -

    Conversations avec ma mère


    La semaine a été sage et culturelle. Je deviens sage et culturel. C'est une des meilleures choses que je sache faire : être sage et culturel.

    Sageons et culturellons donc. Et parlons, pour occuper cet almanach et les milliers de Lecteurs qui viennent le consulter, frétillants et inquiets, dès que l'aube glauque lève sa paupière hésitante sur son oeil qui ne l'est guère plus, de ma sageance et de ma culturellance.

    Ores donc, oyez ! Car mardi au soir, alors que la pluie embrouillardait l'univers et que la maréchaussée se disait que c'était vraiment un sale temps pour les rafles (on pouvait y choper un rhume à défaut d'un sans-papier), je me trouvais à errer dans les rues d'Aubervilliers. Y'a pas à dire, s'il y a une chose pire que tout, c'est la banlieue : c'est urbain mais y'a jamais de panneau indicateur. Il faut toujours marcher cent mètres dans chaque rue à partir du métro avant de trouver la bonne direction.

    Ores donc, oyez ! Ayant battu Stanley découvrant les sources du Zambèze et les précipices du Congo par mon héroïsme urbain, je trouvais le Théâtre de la Commune, et dedans le sieur J.-B.***, qui m'y avait convié. Comme quoi, ça sert, d'avoir un blog.

    Et voici : j'ai rencontré le sieur J.-B.*** et voici encore : j'ai pu entrer gratis dans un théâtre, repaire de faignants, de traîne-misère, de bouffeurs de subsides, d'arracheurs de pépettes, d'exproprieurs de capital, de vendeurs de vents, de souffleurs de futilités sans compter les femmes et les petits enfants. Quoi, une merveille.

    Conversations avec ma mère est tiré d'un film, Conversaciones con Mama, et mis en scène par Didier Bezace (avec D. Bezace et Isabelle Sadoyan). Ca se passe en Argentine, sur fond de banqueroute de l'Etat et de mainmise du FMI sur ce pays (bientôt : le remake avec la France). Jaime, la cinquantaine, vient voir son octogénaire de mère, qu'il héberge dans un appart qu'il possède. Et essaie de lui faire comprendre qu'il faudrait qu'elle quitte l'appart pour venir vivre chez eux : il n'a plus un rond, il vient d'être licencié, le pognon de la masure l'aiderait fichtre bien.

    Ores donc, oyez ! L'histoire est simple : pourtant, il faudra six "conversations" pour que les relations avec sa mère évoluent, prennent sens, fluctuent... jusqu'à ce que le rapport des forces et des hommes évolue. C'est tendre, doux, amer - drôle. Il y a dans cela une tendresse & une tristesse lancinantes qui persistent. Une certaine ironie.

    Et voici : honnêtement ? J'ai trouvé Didier Bezace épatant. Isabelle Sadoyan, pour moi, l'était moins. Il y a quelque chose qui me gêne toujours dans la représentation de la vieillesse : soit elle est aigre et détestable de mesquinerie, soit elle est irésistible de tendresse et de détachement du monde. La mise en scène, ici, choisissait un parti pris Arsenic et vieilles dentelles dans la gestuelle de la vieille dame. Ce que je trouve un peu dommage. D'autant plus que le texte semble aller dans le sens d'une vieille dame très vieille, détachée du monde par sénilité, non par imbécillité ou charité chrétienne (ce qui caractérise plus les vieilles tantes de Cary Grant).

    La mise en scène a fait le choix du monumental et de la sobriété - ce qui fait parfois regretter une plus grande symétrie (le cendrier qui n'est pas tout à fait au centre de la table), mais là je chipote et suis au bord de la mauvaise foi. Surtout que la scène finale est une merveille de technique, de bonne idée et, simplement, d'émotion.

    Ores donc, oyez : cela vaut le coup d'oeil.






    - 2 -

    Alexandre Varlet


    C'est Mistress D*** qui m'y attira. Spontanément, je ne serais pas allé voir Alexandre Varlet. Tout juste je connaissais son single, qu'on entend à la radio ces temps-ci, et au plus lui aurais-je accordé une attention polie pour ne pas dire moins.

    Hier soir fut donc confirmé que Mistress D*** et moi n'avons pas du tout, mais pas du tout les mêmes goûts. Pour moi ?

    Pour moi, Alexandre Varlet a certes une voix intéressante. Il sait qu'existent Benjamin Biolay et Radiohead : il tente de faire le pont entre les deux. Mais, crooner boyscout du XVI° arrondissement qui s'essayer à la cold wave, il ne sait jamais que faire une récitation scolaire de ce qu'il croit être une exigence du rock. C'est patent, c'est visible. Au pire, au comble de l'énervement, c'est drôle au septième degré.

    Il essaie de parler au public, façon rock : ça fait pschiiiit tellement c'est faux.

    Il essaie de se dessaper progressivement : ça fait pschiiiit tellement c'est faux.

    C'est indéniable que Varlet est dans son monde ; il se paie un orgasme à chaque note. Si seulement il y avait plus de trois accords par zique, ce serait sympa... À moins qu'il tente de battre les records de Nirvana.

    Enfin, les lumières étaient à chier, et l'ordre des musiques totalement contraire à ce qu'il convient pour un concert. Je soupçonnerai ce brave garçon d'essayer peut-être de détruire de façon dostoïevskienne son propre concert, je serais gentil : lorsqu'il déclare, avec une phrase d'un ridicule achevé, qu'il s'est cassé l'ongle, je n'ai pu qu'avoir un rire nerveux. Je sais bien que l'état des ongles sans mediator pour jouer à la guitare est fondamental, mais là... ça faisait adolescent attardé à la fête annuelle de Janson de Sailly.

    Non, mais franchement, il croyait faire mouiller des minettes en Cyrillus ou quoi ? Il voulait nous la refaire âme trop torturée de la mort qui tue genre Nicola Sirkis ? Pasque dans le public, en fin de compte, ça papotait pas mal et écoutait peu. Et la fin du concert a été lamentable. J'en avais presque mal de participer à ce ridicule.

    Si jamais j'ai été attentif à la deuxième partie du concert, c'est uniquement parce que je me rinçais l'oeil avec le p'tit guitariste brin au si beau nez qui a rejoint Varlet en cours de programme.

    Une bonne épitaphe funèbre entendue à la sortie : "le navet de la cold wave".

    Je pense que Mistress D*** va me haïr.






    - 3 -

    Six Feet Under


    Oui, bon, on se moque pas, je viens juste de découvrir et c'est pas désagréable, surtout en repassant. Bizarre : alors que j'aime bien les formats courts, genre qui ne vous occupent pas toute la soirée, je n'ai jamais regardé de série.

    Erreur réparée.

  • DXXX. - Eté 67, waiting, man ?



    Je suis le roi des chansons dont je ne connais ni le nom ni l'auteur - tout juste la ritournelle lorsque je m'y essaie. Je me souviens avoir entendu telle chanson, dans telle circonstance - en général, je me souviens avec un détail chirurgical des circonstances. Et je me souviens qu'elle m'avait beaucoup plu.

    Il m'arrive de les redécouvrir, lors d'un moment d'épiphanie. Je me rappelle avoir pleuré toutes les larmes de mon corps vers 2003 en redécouvrant l'opus 100 de Schubert, que j'avais entendu pour la première fois je crois en première, mais surtout un soir de l'hiver 1999. Il y a des chansons qui sont parallèles à mon histoire : Viens je t'emmène de Louise Attaque (grosse larme sur un canapé), Emmenez-moi d'Aznavour (une heure assis contre un mur à pleurer pendant que le fer à repasser chauffait comme pas possible seul sur sa table), Amsterdam de Brel (debout comme un con dans la rue à rien faire), une sonate et une toccata de Bach (seul dans une thurne), des airs de Mozart (la nuit dans le métro), toutes ces merdes qui faisaient fureur au début des 90's (le stade de Chaponost), une chanson de Keren Ann (un baiser par terre sur le lino), un rif des Rolling Stones ou un air cruche dynamité au piano (l'air de la Belgerie), sans compter toutes ces autres musiques : bref, la liste est longue, comme pour tout un chacun.

    Parfois, je ne sais tellement pas ce que c'est comme morceau qu'il me faut des années pour retrouver ce que c'était (Amsterdam) au point qu'il m'apparaît brusquement, alors que je ne m'y attendais pas - et c'est là bien évidemment que l'émotion est la plus forte (l'opus 100). Je crois en avoir déjà parlé.

    D'autres fois j'ai des pistes, des indices : ça peut aider ou encore plus égarer (lorsqu'on est persuadé qu'il s'agit de Brahms et que c'est de Smetana), en tout cas ça permet de s'occuper en farfouillant à la cédéthèque.

    Cette fois-ci, je savais que la chanson datait de l'été 67 et qu'elle contenait les mots waiting et man. Sauf que durant l'été 67, plein de groupes ont sorti des tubes. Ce fut une période de grâce du rock : les Beatles, les Stones étaient au plus haut de leur forme, sans parler des Doors, de Hendrix et du Floyd qui débutaient. On pourrait tenter le 67's name dropping : il faudrait un bon paquet de patience. Car en 67 vous avez aussi les Beach Boys, James Brown, David Bowie, le Spencer David Group, Aretha Franklin, Tom Jones, The Mamas And The Papas, les Monkees, les Turtles, sans compter en France Dutronc. Accessoirement, c'est l'année de naissance de Kurt Cobain et de Noel Callagher, mais ça c'est anecdotique - ou celle de la mort de John Coltrane, ce qui l'est moins.

    S'il y a jamais eu une période sacrée dans l'histoire du rock anté-dépression, 1967 est la pointe extrême de cet Himalaya.

    Bref : été 67, waiting, man. Sauf que ballot comme je suis j'avais écarté d'office un groupe que je ne connaissais pas à cause de son nom - et du producteur qui l'avait lancé. Allez savoir pourquoi, à voir le nom de ce groupe, je m'imaginais que c'était du truc précieux et chiant à la Pink Floyd (enfin, écoutable seulement overdosé, ce qui ne correspondait pas au morceau cherché) - et au nom du producteur je m'attendais à du machin platine et peroxydé, une façade avec du vide derrière, ce qui n'allait pas avec la puissance du morceau. Comme quoi on peut être très bête lorsqu'on n'a aucune éducation musicale.

    Bref : vous pensez bien que j'ai trouvé. Y'a fallu farfouiller, faire tourner Wiki et Google, et embêter des net buddies.

    Le souvenir associé ? Oh, tout bête, tout récent : une salle en caisson, en bois, aux murs peints de vieilles fresques, un banc qui court le long du mur dans la pénombre, un simple moment de bonheur totalemet égoïste, un détachement des soucis du monde. Un de ces moments où l'on se sent intégralement vivant.

    Mesdemoiselles, mesdames et messieurs, I'm waiting for my man, du Velvet Undergroud.


  • DXXIX. - Chômeur, enfin !



    Lorsqu'on y réfléchit, on a tendance à se dire - à tort, va savoir - que la durée aussi longue des préavis est faite pour vous rendre indifférent à votre propre départ. Il y a quelques mois encore, quitter cette boîte m'aurait malgré tout fait un petit quelque chose quelque part. Là, je crois être passé par suffisamment de stade pour qu'en fait simplement une page soit tournée, sans grand heurt.

    La journée s'est passée en rituels et lustrations diverses : petit déjeuner, discours directorial, discours de Bibi (assez content de mes phrases à double sens), air extasié devant la montre qu'on m'a offerte. Je suis méchant : elle n'est pas laide, elle est même élégante. Et, après tout, maintenant que je deviens gangster, une montre ça peut être pratique.

    Bon, les petits cadeaux offerts en-dehors de la cérémonie officielle par mes collègues les plus anciens sont plus justes... et plus déstabilisants : des livres de cuisine, Maximes & pensées positives pour rencontrer ou entretenir l'amour (je suis sûr qu'elles veulent vraiment me caser : mais c'est amusant, ce ton didactique que ce genre de livre prend pour enseigner comment faire jouir une femme et la description de ce que c'est que l'orgasme - féminin, seulement). Et Plus de 160 phrases pour s'amuser à bien ar-ti-cu-ler.

    Là, elles ont eu raison...

    Le reste de la journée s'est passé en visites de remerciement, prosternations diverses, serrages de pogne, protestation d'amitié et de revoyure. J'ai dû entendre une cinquantaine de fois "bonne continuation" et tout autant "dans tes nouvelles fonctions" - récupérer aussi quelques cartes de visite, poursuivre par un courriel de remerciement à la terre entière (faut entretenir les relations commerciales, c'est toujours pratique).

    Les papiers sont rangés - y compris la déclaration Assedic. Me voici chômeur. Profitons-en.

  • DXXVIII. - Au bord des larmes.



    Eh beh - en quelques heures j'ai pu comparer deux types de manadjeumant. Entre un déjeuner avec mon ancien responsable dans un bouiboui du VIII° et celui que je me coltine depuis mi-septembre et supporterai encore trois jours.

    Entre une phrase brève, précise, concise et dite avec le sourire et un roulement d'épaules satisfaites assorti d'un geste affolé des mains.

    Entre le calme et les questions listées et traitées sans précipitation mais avec une anticipation certaine, et les gestes avides de prendre de l'espace, l'agitation fastidieuse et creuse.

    Entre des critiques constructives et être coincé alors que je suis en train de partir pour entendre :

    "De toute façon, je te le dis franchement, tu ne sais pas ce que c'est qu'un atterrissage de fin d'année."

    Je dois être irascible ces temps-ci, mais là je suis parti au quart de tour. Cinq années de technique, à améliorer progressivement le boulot de tous, soit seize inventaires divers, et six à directement participer aux arbitrages, je pense que je sais mieux ce que c'est un compte de résultat que cet infatué qui débarque, n'a jamais mené que des projets qui ont planté, et qui ne sait même pas ce que c'est qu'une charge de PB et un effet seuil.

    Sinistre sot qui ne se gêne pas pour venir de me demander de lui justifier l'intégralité du résultat des années dernières - à moi qui n'y connaîtrait rien.

    "Dis-moi, M***, tu comptes un jour prendre des cours de management, ou tu souhaites toujours tenir des phrases comme ça ?"

    Quand je dis ça, faut m'imaginer au bord des larmes, tremblant, énervé. Et ce con qui ne comprend même pas que ce genre de phrase blesse plus que tout autre chose.

    Putain, vivement la quille. Il peut crever, demain je l'envoie chier.


  • DXXVII. - Le dessin du ouiquennede.



    Je me doute bien que cela risque de lancer une énième polémique sur le Nicoblog et ses images. Je cache pas que s'il m'arrive de le consulter, c'est en partie pour me rincer l'oeil (bien que nombre d'images ne soit pas fait pour m'émoustiller). L'autre grosse, principale, partie, c'est que c'est une source phénoménale d'exemples d'anatomie. Très pratique quand on aime gribouiller. Même si ça fait excuse bâtarde : après, vous prenez ou pas, z'êtes pas obligé de me croire.

    Bref.

    Alors, après avoir passé un gros ouiquennede le nez dans la thérébentine pour ma soeur-à-moi-que-j-aime-parce-qu-unique-et-qu-il-le-faut-bien-un-jour-elle-pourrait-épouser- un-futur-maître-du-monde-je-suis-pas-fou-eh-oh-hein-bon-qu-est-ce-que-vous-croyez, faire un gribouillis rapidos en papotant sur Aime Esse Haine, ça fait du bien au cerveau.

    Ce sera donc le dessin du ouiquennede.


  • DXXVI. - RaaaaaatchAAAAA !



    Ma Maman m'avait dit : il y a plusieurs espèces d'accompagnement d'appartement qui ne sont guère pratiques. Entre autres, il y a le hamster, le poney, et le bébé.

    Le hamster est une plante verte de quelques centimètres de haut, de la famille des cucurbitacées. Il se cultive en pot, en terrasse, en pleine terre - en tout c'est assez sympa quand il a la partie inférieure enfoncée dans un peu de terre. En Occident, les variétés les plus communes sont le hamster jovial (Cricetinae Gotlibii) et le hamster baisé (Cricetinae Gallici Post-Electioni), quoi qu'on s'interroge sur l'existence éventuelle d'un hamster dame (Cricetinae Brelii In Porti), il faut convenir que de toute manière on a du mal à voir le sexe d'une banale plante verte d'appartement, surtout lorsqu'elle passe son temps à mourir.

    Le meilleur moyen de buter son hamster (faut qu'il ait une utilité) est de ne pas l'arroser : confiez-le dans ce cas au Badinou (Lulus Pomeranus Cretinus). Vous pouvez aussi le mettre au micro-onde (technique du Kurosawa), le faire mâcher par un alligator ou l'entourer de décrets ministériels. Les plus vicieux le mettent devant la télévision, mais même Brigitte Bardot s'émeut dans ces cas, quoi que le hamster ne se porte pas aussi bien que le vison (Mustela lutreola).

    Le poney est une variété d'ordinateur (Rebooti Ibémèhmii). Selon les progiciels les plus avancés et la dernière bulle papale, il sait compter, diviser et se masturber. Une étude s'interroge sur l'utilité que trouverait le poney à se masturber, mais après tout il doit bien trouver un exemple quelque part. La spécialité du poney reste malgré tout la reproduction sexuelle, entendez par là la capacité à reproduire une image d'acte sexuel, comme la reproduction des palourdes dans le bas-Mozambique ou les documentaires sur le billard japonais.

    Originaire de Fucking, charmante bourgade de la Haute-Autriche, le poney se reconnaît au fait qu'il phantasme grave sur les dahuts, surtout s'ils portent des jockstraps (Dahuti Cadinoti), mais on ne peut guère lui en vouloir, les distractions sont si rares désormais. Le poney se déguste en sorbets délicatement assaisonnés de halvas et autres délicatesses aimables au palais (kwass, vodka, noisettes pilées, inspecteur des impôts, crème fraîche, Cécilia Sarkozy). On peut aussi simplement l'atomiser dans un trou noir décoré de chocolat Le poney aimant beaucoup le chocolat, il appréciera cette délicatesse.

    Le bébé, quant à lui, est une race qui vous chope toute la couette, vous réveille à l'aube et crie très fort que vous avez ronflé toute la nuit. Ronflé, tu parles, je me suis enrhumé, et comment tu voulais que je ronfle, j'aurais pu si seulement tu m'avais laissé de la place pour respirer sur le matelas.

    Il est envisageable de lui réserver le même sort qu'au poney et au hamster.

    Là, vous m'excuserez : je mange le dessert et je vais faire une sieste entre deux éternuements.


  • DXXV. - Vers un nouveau départ.



    Autant au bureau j'ai horreur d'avoir un bureau autre que vide (tout juste le clavier, l'écran et le téléphone, et un brouillon vite jeté à la poubelle), autant celui de la maison était depuis des années un amoncellement divers de papiers, manuscrits, enveloppes usagées, cédés, factures.

    Je ne vous parle pas de l'état des tiroirs, entre poussière, vieux pense-bêtes, documents inutiles désormais, relevés de comptes.

    M'a fallu une semaine pour faire le tri, bazarder plusieurs sacs de papiers, classer et étiqueter sur l'étagère les survivants, mais voilà le miracle : j'arrive maintenant à repérer la tasse de café d'un seul coup d'oeil, et je peux la poser sans lui faire jouer l'équilibriste sur trois cahiers.

    Prochaines étapes :

    i. acheter une caisse à outil, franchement les tournevis et autres pointes qui s'empilent dans un tiroir, c'est loin d'être pratique ;

    ii. acheter un carton à dessins grand format, juste pour me la péter une fois dans le métro (penser à avoir l'air bohème alors - une écharpe suffira) ;

    iii. finaliser un système de comptes exhaustifs ;

    iv. classer les cédés qui traînent sur l'ordinateur et les graver ;

    v. réordonner un peu ce blog, et les textes qui vont avec, les archiver ;

    vi. écouter enfin l'intégrale des Rolling Stones : c'est plus vraiment décent de s'arrêter systématiquement en 1965.

    Je sens que l'avenir a de quoi s'inquiéter ; je suis confiant devant ce changement d'existence, qui se traduit aussi dans ces petits riens.

  • DXXIV. - En marchant par la fenêtre.



    J'aime régulièrement voir ce qui se passe sur le petit muret en bas de chez moi... c'est toujours un spectacle... un papy vient y lire son journal le matin, des ados y papotent le soir, on y met les vieux meubles.



    Les gônes se cachent pour pas aller à l'école...



    Ca vaut peut-être mieux que regarder les nouveaux lendemains qui chantent.



    Bref... je m'aperçois qu'avec l'âge je deviens bête. Tout à l'heure, côté légumes, je me suis trouvé imbécile devant les avocats : la semaine passée, ils venaient du Kenya - là, du Mexique. J'hésitais, un peu rêveur, entre une vague pensée sur la mondialisation et le goût infect des légumes, mais surtout sur le brusque appel au voyage qu'il y avait là-dedans : hier le Kilimandjaro, là l'Orizaba... et des avions qui s'envolaient, chargés comme des caravelles arrivant à Palos de Moguer.

    Et puis un vendeur m'a fait sursauter.

  • DXXIII. - "How many colored lipsticks does a woman need ?"



    Une visite dans un Louvre désert, la nuit.




    - 1 -
    Les Franz Hals sont inaccessibles, mais pas la peinture française...



















    - 2 -
    Puis on erre entre les sculptures, le long de la Cour Carrée



























    - 3 -
    Et l'on s'aperçoit que le musée est vide