« DXXX. - Eté 67, waiting, man ? | Page d'accueil | DXXXII. - En huilant, en térébenthinant. »
13.10.2007
DXXXI. - Sorties de la semaine.
Conversations avec ma mère
La semaine a été sage et culturelle. Je deviens sage et culturel. C'est une des meilleures choses que je sache faire : être sage et culturel.
Sageons et culturellons donc. Et parlons, pour occuper cet almanach et les milliers de Lecteurs qui viennent le consulter, frétillants et inquiets, dès que l'aube glauque lève sa paupière hésitante sur son oeil qui ne l'est guère plus, de ma sageance et de ma culturellance.
Ores donc, oyez ! Car mardi au soir, alors que la pluie embrouillardait l'univers et que la maréchaussée se disait que c'était vraiment un sale temps pour les rafles (on pouvait y choper un rhume à défaut d'un sans-papier), je me trouvais à errer dans les rues d'Aubervilliers. Y'a pas à dire, s'il y a une chose pire que tout, c'est la banlieue : c'est urbain mais y'a jamais de panneau indicateur. Il faut toujours marcher cent mètres dans chaque rue à partir du métro avant de trouver la bonne direction.
Ores donc, oyez ! Ayant battu Stanley découvrant les sources du Zambèze et les précipices du Congo par mon héroïsme urbain, je trouvais le Théâtre de la Commune, et dedans le sieur J.-B.***, qui m'y avait convié. Comme quoi, ça sert, d'avoir un blog.
Et voici : j'ai rencontré le sieur J.-B.*** et voici encore : j'ai pu entrer gratis dans un théâtre, repaire de faignants, de traîne-misère, de bouffeurs de subsides, d'arracheurs de pépettes, d'exproprieurs de capital, de vendeurs de vents, de souffleurs de futilités sans compter les femmes et les petits enfants. Quoi, une merveille.
Conversations avec ma mère est tiré d'un film, Conversaciones con Mama, et mis en scène par Didier Bezace (avec D. Bezace et Isabelle Sadoyan). Ca se passe en Argentine, sur fond de banqueroute de l'Etat et de mainmise du FMI sur ce pays (bientôt : le remake avec la France). Jaime, la cinquantaine, vient voir son octogénaire de mère, qu'il héberge dans un appart qu'il possède. Et essaie de lui faire comprendre qu'il faudrait qu'elle quitte l'appart pour venir vivre chez eux : il n'a plus un rond, il vient d'être licencié, le pognon de la masure l'aiderait fichtre bien.
Ores donc, oyez ! L'histoire est simple : pourtant, il faudra six "conversations" pour que les relations avec sa mère évoluent, prennent sens, fluctuent... jusqu'à ce que le rapport des forces et des hommes évolue. C'est tendre, doux, amer - drôle. Il y a dans cela une tendresse & une tristesse lancinantes qui persistent. Une certaine ironie.
Et voici : honnêtement ? J'ai trouvé Didier Bezace épatant. Isabelle Sadoyan, pour moi, l'était moins. Il y a quelque chose qui me gêne toujours dans la représentation de la vieillesse : soit elle est aigre et détestable de mesquinerie, soit elle est irésistible de tendresse et de détachement du monde. La mise en scène, ici, choisissait un parti pris Arsenic et vieilles dentelles dans la gestuelle de la vieille dame. Ce que je trouve un peu dommage. D'autant plus que le texte semble aller dans le sens d'une vieille dame très vieille, détachée du monde par sénilité, non par imbécillité ou charité chrétienne (ce qui caractérise plus les vieilles tantes de Cary Grant).
La mise en scène a fait le choix du monumental et de la sobriété - ce qui fait parfois regretter une plus grande symétrie (le cendrier qui n'est pas tout à fait au centre de la table), mais là je chipote et suis au bord de la mauvaise foi. Surtout que la scène finale est une merveille de technique, de bonne idée et, simplement, d'émotion.
Ores donc, oyez : cela vaut le coup d'oeil.
Alexandre Varlet
C'est Mistress D*** qui m'y attira. Spontanément, je ne serais pas allé voir Alexandre Varlet. Tout juste je connaissais son single, qu'on entend à la radio ces temps-ci, et au plus lui aurais-je accordé une attention polie pour ne pas dire moins.
Hier soir fut donc confirmé que Mistress D*** et moi n'avons pas du tout, mais pas du tout les mêmes goûts. Pour moi ?
Pour moi, Alexandre Varlet a certes une voix intéressante. Il sait qu'existent Benjamin Biolay et Radiohead : il tente de faire le pont entre les deux. Mais, crooner boyscout du XVI° arrondissement qui s'essayer à la cold wave, il ne sait jamais que faire une récitation scolaire de ce qu'il croit être une exigence du rock. C'est patent, c'est visible. Au pire, au comble de l'énervement, c'est drôle au septième degré.
Il essaie de parler au public, façon rock : ça fait pschiiiit tellement c'est faux.
Il essaie de se dessaper progressivement : ça fait pschiiiit tellement c'est faux.
C'est indéniable que Varlet est dans son monde ; il se paie un orgasme à chaque note. Si seulement il y avait plus de trois accords par zique, ce serait sympa... À moins qu'il tente de battre les records de Nirvana.
Enfin, les lumières étaient à chier, et l'ordre des musiques totalement contraire à ce qu'il convient pour un concert. Je soupçonnerai ce brave garçon d'essayer peut-être de détruire de façon dostoïevskienne son propre concert, je serais gentil : lorsqu'il déclare, avec une phrase d'un ridicule achevé, qu'il s'est cassé l'ongle, je n'ai pu qu'avoir un rire nerveux. Je sais bien que l'état des ongles sans mediator pour jouer à la guitare est fondamental, mais là... ça faisait adolescent attardé à la fête annuelle de Janson de Sailly.
Non, mais franchement, il croyait faire mouiller des minettes en Cyrillus ou quoi ? Il voulait nous la refaire âme trop torturée de la mort qui tue genre Nicola Sirkis ? Pasque dans le public, en fin de compte, ça papotait pas mal et écoutait peu. Et la fin du concert a été lamentable. J'en avais presque mal de participer à ce ridicule.
Si jamais j'ai été attentif à la deuxième partie du concert, c'est uniquement parce que je me rinçais l'oeil avec le p'tit guitariste brin au si beau nez qui a rejoint Varlet en cours de programme.
Une bonne épitaphe funèbre entendue à la sortie : "le navet de la cold wave".
Je pense que Mistress D*** va me haïr.
Six Feet Under
Oui, bon, on se moque pas, je viens juste de découvrir et c'est pas désagréable, surtout en repassant. Bizarre : alors que j'aime bien les formats courts, genre qui ne vous occupent pas toute la soirée, je n'ai jamais regardé de série.
Erreur réparée.
15:15 Publié dans Ut pictura poiesis et tout ça quoi. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Ecrire un commentaire