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12.10.2007
DXXX. - Eté 67, waiting, man ?
Je suis le roi des chansons dont je ne connais ni le nom ni l'auteur - tout juste la ritournelle lorsque je m'y essaie. Je me souviens avoir entendu telle chanson, dans telle circonstance - en général, je me souviens avec un détail chirurgical des circonstances. Et je me souviens qu'elle m'avait beaucoup plu.
Il m'arrive de les redécouvrir, lors d'un moment d'épiphanie. Je me rappelle avoir pleuré toutes les larmes de mon corps vers 2003 en redécouvrant l'opus 100 de Schubert, que j'avais entendu pour la première fois je crois en première, mais surtout un soir de l'hiver 1999. Il y a des chansons qui sont parallèles à mon histoire : Viens je t'emmène de Louise Attaque (grosse larme sur un canapé), Emmenez-moi d'Aznavour (une heure assis contre un mur à pleurer pendant que le fer à repasser chauffait comme pas possible seul sur sa table), Amsterdam de Brel (debout comme un con dans la rue à rien faire), une sonate et une toccata de Bach (seul dans une thurne), des airs de Mozart (la nuit dans le métro), toutes ces merdes qui faisaient fureur au début des 90's (le stade de Chaponost), une chanson de Keren Ann (un baiser par terre sur le lino), un rif des Rolling Stones ou un air cruche dynamité au piano (l'air de la Belgerie), sans compter toutes ces autres musiques : bref, la liste est longue, comme pour tout un chacun.
Parfois, je ne sais tellement pas ce que c'est comme morceau qu'il me faut des années pour retrouver ce que c'était (Amsterdam) au point qu'il m'apparaît brusquement, alors que je ne m'y attendais pas - et c'est là bien évidemment que l'émotion est la plus forte (l'opus 100). Je crois en avoir déjà parlé.
D'autres fois j'ai des pistes, des indices : ça peut aider ou encore plus égarer (lorsqu'on est persuadé qu'il s'agit de Brahms et que c'est de Smetana), en tout cas ça permet de s'occuper en farfouillant à la cédéthèque.
Cette fois-ci, je savais que la chanson datait de l'été 67 et qu'elle contenait les mots waiting et man. Sauf que durant l'été 67, plein de groupes ont sorti des tubes. Ce fut une période de grâce du rock : les Beatles, les Stones étaient au plus haut de leur forme, sans parler des Doors, de Hendrix et du Floyd qui débutaient. On pourrait tenter le 67's name dropping : il faudrait un bon paquet de patience. Car en 67 vous avez aussi les Beach Boys, James Brown, David Bowie, le Spencer David Group, Aretha Franklin, Tom Jones, The Mamas And The Papas, les Monkees, les Turtles, sans compter en France Dutronc. Accessoirement, c'est l'année de naissance de Kurt Cobain et de Noel Callagher, mais ça c'est anecdotique - ou celle de la mort de John Coltrane, ce qui l'est moins.
S'il y a jamais eu une période sacrée dans l'histoire du rock anté-dépression, 1967 est la pointe extrême de cet Himalaya.
Bref : été 67, waiting, man. Sauf que ballot comme je suis j'avais écarté d'office un groupe que je ne connaissais pas à cause de son nom - et du producteur qui l'avait lancé. Allez savoir pourquoi, à voir le nom de ce groupe, je m'imaginais que c'était du truc précieux et chiant à la Pink Floyd (enfin, écoutable seulement overdosé, ce qui ne correspondait pas au morceau cherché) - et au nom du producteur je m'attendais à du machin platine et peroxydé, une façade avec du vide derrière, ce qui n'allait pas avec la puissance du morceau. Comme quoi on peut être très bête lorsqu'on n'a aucune éducation musicale.
Bref : vous pensez bien que j'ai trouvé. Y'a fallu farfouiller, faire tourner Wiki et Google, et embêter des net buddies.
Le souvenir associé ? Oh, tout bête, tout récent : une salle en caisson, en bois, aux murs peints de vieilles fresques, un banc qui court le long du mur dans la pénombre, un simple moment de bonheur totalemet égoïste, un détachement des soucis du monde. Un de ces moments où l'on se sent intégralement vivant.
Mesdemoiselles, mesdames et messieurs, I'm waiting for my man, du Velvet Undergroud.
14:45 Publié dans Ut pictura poiesis et tout ça quoi. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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